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Entre les murs film français, réalisé en 2008 par Laurent Cantet d’après le roman homonyme de François Bégaudeau. Ce film a reçu la Palme d'or du Festival de Cannes 2008, ce qui n’avait plus été le cas pour un film français depuis 1987 avec Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat.

Analyse critique Modifier

François est un jeune professeur de français d’une classe de 4e dans un collège difficile du 20e arrondissement de Paris. Il devra affronter Esmeralda, Souleymane, Khoumba et les autres. François n’hésite pas à pousser les adolescents jusqu’à leurs limites afin de les motiver. Quitte à prendre parfois le risque du dérapage.

A peine installé sur son estrade, le professeur a fort à faire. Les mots fusent de toutes parts, les élèves « vannent » ou « chambrent ». François ne se laisse pas démonter. Il prend même un malin plaisir à contre-attaquer, non sans provoquer un peu. François n'est pas un prof exemplaire, il lui arrive de tâtonner, de se tromper, mais il possède une qualité indéniable : il incite à parler, il joue collectif, pour citer la métaphore footballistique. Peut-être n'a-t-il pas le choix, faire jouer l'autre pour ne pas être débordé, c'est aussi une stratégie. D'où, en tout cas, un feu d'artifice de la langue, tour à tour soutenue, familière, voire vulgaire selon le locuteur. La langue écrite n'est pas absente, François l'enseigne non sans mal, l'imparfait du subjonctif donne lieu à une scène savoureuse. Mais c'est surtout la langue parlée qui est à l'honneur, avec tous ses rythmes et mixages (verlan, arabe, dialecte, etc.) possibles.

Rester entre les murs, au sens strict, au ras de la classe, mais aussi dans la cour ou la salle des profs, pour tenter de comprendre ce qui s'y joue est une première au cinéma. François Bégaudeau, enseignant aujourd'hui en disponibilité, a participé à l'adaptation de son livre Entre les murs. Cette règle de base impose de montrer le particulier pour saisir le général, et éviter ainsi les idées toutes faites sur l'école.

Le film de Laurent Cantet, n'est pas un documentaire comme l'était Être et Avoir ni totalement une fiction. Ce film consacre plus de six mois d'un travail unique en son genre de tous les protagonistes, avec la chronique d'une classe de quatrième le temps d'une année scolaire. Cette confrontation constante, démocratiquement mouvementée, entre un professeur et vingt-quatre élèves, plus ou moins bons, plus ou moins indisciplinés, mais chacun, sans exception, ayant un rôle dans cette mosaïque humaine.

L'énergie est le ressort sur lequel le film s'appuie pour croire que rien n'est perdu. Cett énergie d'une jeunesse peu « gauloise », multiculturelle, plurielle, qu'on a rarement filmée avec une telle attention positive, éclate au grand jour. Lorsque Esmeralda, Souleymane, Khoumba ou Boubacar s'expriment, ce sont aussi leur visage, tout leur corps qui entrent en action. S'ils n'ont pas tous le niveau scolaire requis, au moins ont-ils la santé. Entre les murs est un film non seulement parlant, mais aussi très physique, au plus près des regards, des gestes, des pantomimes. Il dégage quelque chose de très charnel et de pudique à la fois, de musical et de chorégraphique. Comme si l'important, pour Cantet, n'était pas de sonner vrai mais juste.

Cette justesse s'accompagne d'un art de la nuance. Personne ici n'est invariable, ni parfait, ni totalement mauvais. Une excellente élève peut se comporter en « pétasse » lors du conseil de classe. A l'inverse, le plus dissipé est aussi celui qui rend l'autoportrait le plus original. Le film est l'antithèse parfaite du discours que tient un professeur présomptueux, au début, à son collègue nouveau venu, en cataloguant une bonne fois pour toutes (« gentil », « pas gentil ») chacun des élèves. Un moment, Esmeralda lit aussi à voix haute le passage du Journal d'Anne Frank où cette icône se qualifie elle-même de « paquet de contradictions ». Cette remarque, Entre les murs l'applique à la lettre.

Ce film ne présente donc ni état des lieux alarmiste, ni profession de foi à l'optimisme béat,mais parvient surtout à montrer l'École comme le siège d'un formidable jeu social, y compris entre professeurs. Un jeu de pouvoir, de représentation et de dissimulation, de feintes et de stratégies diverses, où chacun tente avec plus ou moins de bonheur de se distinguer. Trouver sa place, c'est le grand thème de Cantet, manifeste dans Ressources humaines et L'Emploi du temps, plus souterrain ici mais présent malgré tout à travers le personnage de François. De manière fort subtile, le cinéaste montre ce que son assurance apparente cache d'incertitudes et de malaise. François frise le double jeu. Tout près d'être à la fois juge et partie, comme le lui reproche quelqu'un lors d'un conseil de discipline particulièrement fort, où Cantet distille l'émotion avec une retenue exemplaire.

DistributionModifier

  • François Bégaudeau : François Marin, professeur de français et professeur principal
  • Jean-Michel Simonet : le principal
  • Louise Grinberg : Louise, la déléguée de classe, première de la classea
  • Esmeralda Ouertani : Esmeralda, l'autre déléguée de classe
  • Franck Keïta : Souleymane, l'élève qui passe en conseil de discipline
  • Carl Nanor : Carl, l'élève arrivé en cours d'année (après exclusion d'un autre collège)
  • Rachel Régulier : Khoumba, l'élève qui refuse de lire
  • Burak Ozyilmaz : Burak
  • Boubacar Touré : Boubacar

Fiche techniqueModifier

  • Réalisation : Laurent Cantet
  • Scénario : Laurent Cantet, François Bégaudeau (auteur du roman) et Robin Campillo
  • Production : Caroline Benjo, Carole Scotta, Barbara Letellier et Simon Arnal
  • Directeur de la photographie : Pierre Milon
  • Directeur de Production : Michel Dubois
  • Montage : Robin Campillo
  • Durée : 128 minutes
  • Dates de sortie : mai 2008 ( Festival de Cannes )
    • France : 24 septembre 2008


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Le roman

Entre les murs est un roman de François Bégaudeau, paru en 2006. Ce roman cherche à rendre compte au plus près du réel de la vie d'une classe du collège Mozart dans une ZEP du 19ème arrondissement de Paris. Un jeune professeur de lettres s'efforce d'enseigner à des élèves d'origines multiples un français finalement assez différent du leur.

Ce livre, troisième roman de l'auteur, lui vaut de recevoir le Prix France Culture/Télérama et la reconnaissance tant de la critique que du public puisqu'il s'est écoulé à plus de 170 000 exemplaires.

Référence : Entre les murs, Éditions Verticales, 2006 (ISBN 2-07077-691-3) ; Éditions Gallimard, collection folio, 2007 (ISBN 2-07034-290-5)

Récompenses

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