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Faut que ça danse! film franco-suisse de Noémie Lvovsky, sorti en 2007.

AnalyseModifier

Dans la famille Bellinsky : il y a Salomon le père, presque 80 ans (mais pas encore), débordant de vie. Il se bat pour ne pas être enterré trop vite, entre des cours de claquettes sous le haut patronage de Fred Astaire. Salomon ne se contente pas de ses cours de claquettes. Il cherche une compagne par petites annonces, et après quelques déboires, tombe sur une perle, Violette, romantique professeur d'histoire. Dans le rôle, Jean-Pierre Marielle, magnifique, faisant du geste et de la voix la somme de tous ses rôles : le charme, le brio et la gouaille. Mais à ce personnage flamboyant se substitue peu à peu un autre, plus opaque, plus touchant. C'est qu'en chemin il perd son assurance, y compris au sens le plus concret : trop vieux, lui dit-on, pour renouveler le contrat. Lui, vieux ? Il le savait, mais il ne veut pas l'entendre, ni le lire dans le regard des autres, comme un honteux secret de Polichinelle.

La mère, Geneviève, ne rêve que d'une chose : poursuivre tranquillement son infantilisation auprès de son aide ménager, protecteur et ange gardien, Monsieur Mootoousamy, noir, hindouiste. Geneviève est incarnée par Bulle Ogier, parfaite en femme-enfant-vieillarde. Sur le papier, un personnage fêlé, mutique, coincé en peignoir dans un appartement vide. Cette situation pas franchement gaie provoque cependant des situations comiques et tendres.

Sarah, la narratrice est la fille qui vit avec François, et qui a bien du mal à trouver sa place entre son père qu'elle idolâtre mais qui l'agace, et sa mère qu'elle ne comprend plus.

Qu'elle s'intéresse à l'adolescence (La vie ne me fait pas peur), à l'adultère (Les Sentiments) ou que, comme ici, elle évoque la vieillesse et les liens familiaux, Noémie Lvovsky se montre originale. Avec elle, les thèmes les plus fréquentés semblent tout neufs, comme redécoupés et recomposés.

Comment vivre pleinement son âge à partir de la quarantaine, supporter le mouvement perpétuel du temps ? Ces questions, au coeur du film, agitent Salomon et son entourage. Faut que ça danse ! est aussi la drôle d'histoire de la famille « je n'en fais qu'à ma tête » comme dit Sarah la fille de Salomon. Entre elle et lui, la relation est forte, tendre, avec une allure presque burlesque de course-poursuite. Elle veut des réponses, des souvenirs, des repères, toutes choses que son père ne veut pas offrir. Quand elle apprend qu'elle est enceinte et doit prendre la responsabilité de construire une famille, elle passe par tous les stades, depuis le déni total et délirant jusqu'à la fierté assumée.

Cependant les non-dits et les blessures secrètes ne cessent de peser. Ainsi Salomon, ancien survivant de la Shoah et qui exorcise de façon originale ses souvenirs: il se tait, il raconte des blagues et des craques, et va jouer sa pension d'orphelin de la déportation au Casino. Il s'abstient d'aller aux obsèques d'un autre juif car il doute de son attitude passée. Sarah a beau faire, elle ne doit compter que sur son imagination pour combler les vides. Elle en rêve, même, ce qui offre à Noémie Lvovsky la belle idée d'insérer un dessin animé où « Papa » attaque à la hache un Hitler qui, telle une hydre mythologique, ne cesse de se multiplier. On apprend aussi que dans son enfance, Salomon lui racontait un conte étrange où il égorgeiat le Führer.

Empreint de mélancolie, ce film précieux est donc aussi résolument drôle, très drôle, de mille façons différentes : burlesque, dérision, ironie... Chaque comédien connaît les pas, tient le rythme entre la gravité et les plus irrésistibles facéties puisque « Faut que ça danse ! », comme un impératif face à tous les drames.

La réalité n'est pas niée, mais seulement adaptée, arrangée. Un doux sourire obstiné sur les lèvres, Bulle Ogier en fait une transformation poétique et loufoque, rêveuse hermétique, en résistance douce mais inexorable contre le réel. La même transfiguration s'applique à Violette, l'autre femme. En choisissant Sabine Azéma, Noémie Lvovsky transforme une vieille fille solitaire en fée Clochette sentimentale, une adorable gaffeuse au regard gamin, grâce à laquelle Salomon finit par admettre que la vie est une denrée certes périssable, mais infiniment précieuse.

Les dialogues pétillent au diapason, façon âge d'or de la comédie américaine. La cinéaste a d'ailleurs truffé son récit d'hommages ludiques au cinéma, Fred Astaire bien sûr, et aussi les maîtres Ernst Lubitsch ou Billy Wilder. Et puis la seule présence de Sabine Azéma évoque fatalement le charme nostalgique des meilleurs films d'Alain Resnais, mais si, d'un bout à l'autre, « ça danse » si gracieusement, Noémie Lvovsky ne le doit qu'à sa propre magie.

Distribution Modifier

  • Jean-Pierre Marielle : Salomon Bellinsky
  • Valeria Bruni-Tedeschi : Sarah
  • Sabine Azéma : Violette
  • Bulle Ogier : Geneviève
  • Bakary Sangaré : M. Mootoosamy
  • Arié Elmaleh : François
  • John Arnold : Adolph Hitler
  • Anne Alvaro : Marie-Hélène
  • Nicolas Maury : Le chargé de la clientèle
  • Daniel Emilfork : Le médecin militaire
  • Judith Chemla : L'étudiante
  • Tsilla Chelton : La dame russe
  • Cécile Reigher : L'infirmière
  • Michel Fau : Le psychiatre
  • Jutta Sammel : Sarah à 8 ans
  • Michèle Gleizer : La gynécologue

Fiche techniqueModifier

  • Titre : Faut que ça danse!
  • Réalisation : Noémie Lvovsky
  • Scénario :Noémie Lvovsky, Florence Seyvos
  • Directeur de la photographie : Jean-Marc Fabre
  • Musique originale ; Archie Shepp
  • Montage : Emmanuelle Castro
  • Durée : 100 minutes
  • Date de sortie : 14 novembre 2007
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