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Flandres , film de Bruno Dumont sorti en France le 30 août 2006.

SynopsisModifier

Le film se déroule à Bailleul, dans les Flandres, de nos jours.

Demester, un agriculteur d'une trentaine d'années, vit un quotidien monotone: chaque matin, il nourrit ses poules, ses cochons, puis va rejoindre ses amis avec qui il tente désespérément de tuer le temps. Barbe, quand à elle, éprouve un amour très sincère pour lui, bien qu'assez volage: elle offre son corps à qui le souhaite. Ainsi, tous les matins, ils vont faire l'amour dans un bosquet, après avoir contemplé l'immensité et la beauté immaculée de ces paysages ruraux que sont les Flandres. Mais un jour, Blondel, le voisin, vient demander à Demester si celui-ci à reçu comme lui une lettre annonçant sa mobilisation au front. Dans tout le village, la nouvelle se répand et les appelés se préparent petit à petit.

Demester, Barbe et d'autres amis se réunissent avant le départ autour d'un grand feu. Ils boivent de la bière, discutent, s'embrassent. Le lendemain matin, les recrues marchent vers un camion de l'armée où un caporal fait l'appel. A l'audition de leur nom, chaque soldat se dirige dans la remorque, en silence.

Arrivée dans un pays exotique (nous voyons des palmiers et la mer) où les combattants se lavent. Deux d'entre eux, un blanc et un noir, se battent violemment, encouragés par leurs camarades. Ne pouvant être départagés, ils sont séparés. Ensuite, nous voyons des chars et des cavaliers avançant dans le désert, vers leurs positions (voir photo). D'autres marchent dans des tranchées creusées dans les dunes, et sont surpris par des tirs de roquettes.

Sept soldats embarquent ensuite dans un hélicoptère pour leur mission: ils doivent éliminer des ennemis cachés dans les ruines d'un village presque détruit. Rapidement, des pertes humaines se font observer: un militaire tué par un missile est évacué par l'hélicoptère de secours. Les survivants pénètrent par effraction dans une vieille bâtisse où deux enfants tentent de les abattre avec des pistolets. Un soldat, excédé, laisse éclater sa colère et veut à tout prix massacrer les enfants; il y parviendra, malgré les objections de ses partenaires.

Pendant ce temps, Barbe discute avec une amie, laquelle lui fait remarquer qu'elle considérée comme une "fille facile". Elle se fait également courtiser par André, un non-appelé, qui compte bien profiter de l'absence de ses amis pour leur voler leur compagne. En vain: elle se croit enceinte.

Les militaires traversent désormais le désert. Souffrant de la chaleur, leur moral est au plus bas. C'est alors qu'ils croisent un marchand de tapis accompagné de son âne. Un des soldats, mu par la haine et épuisé, demande au vieil homme de s'arrêter. Ne comprenant bien évidemment pas le français, celui-ci n'obtempère pas, renforçant l'animosité de son agresseur. Ce dernier lui assène un violent coup de poing, et lui demande où se trouvent ses camarades. Devant le mutisme du vieillard, la recrue à bout de nerfs l'abat sauvagement d'un coup de fusil dans la tête.

Poursuivant leur route, les militaires arrivent devant une petite maison isolée, où une femme fait le ménage. Immédiatement, ils se ruent, à l'exception d'un d'entre eux, sur elle et la violent brutalement, la laissant gisante nue, à même le sol. Satisfaits de leur acte, ils continuent de marcher jusqu'à ce que, perdus, ils décident de se séparer. Le premier groupe va se faire rapidement assassiner par des terroristes, alors que le second va être capturé par des ennemis, venus en surnombre. Agenouillés à terre pieds et poings liés, la femme qu'ils ont violée se présente devant eux. Elle désigne aux ravisseurs le seul innocent, qui se voit emmené dans une pièce adjacente. Gémissant de douleur, poussant des cris douleur insoutenables, il ressort en titubant, le sexe coupé, et hurle de douleur. La femme saisit alors un pistolet et lui tire une balle dans la nuque.

Au pays, Barbe offre son corps à André, à qui elle avait dit non auparavant. Puis, sujette à des hallucinations et à des crises de nerfs, elle est internée contre son gré dans un hôpital psychiatrique. Elle se débat, frappe les médecins, et finit par ressortir, plus saine d'esprit.

Les deux rescapés s'enfuient (voir photo) mais un des deux est touché par un tir ennemi. Suppliant son ami de lui apporter de l'aide, il pleure et gémit en voyant sa jambe mutilée par les balles. Demester, face aux poursuivants se rapprochant, l'abandonne et court. Enfin, il arrive devant une maison où se déroule une réunion de famille: il saisit son couteau et va égorger tous les occupants de la demeure.

De retour au pays, les arbres bourgeonnent, et Demester retrouve son amie Barbe. Ils retournent faire l'amour dans le bosquet. Celle-ci lui annonce ensuite qu'elle était enceinte, et lui demande comment les autres sont morts. Devant le mutisme, puis les mensonges de son ami, elle pleure, le frappe, puis ils s'écroulent dans une étable. Demester se met alors à pleurer, puis lâche ces trois mots lapidaires: "je t'aime".

Analyse critiqueModifier

Flandres est, selon son réalisateur, "avant tout une histoire d'amour", bien qu'il s'agisse en apparence d'un film de guerre. Le scénario a donc pour sujet les ravages de la guerre sur les populations, et surtout sur l'esprit des soldats, devenant bêtes à tuer une fois envahis par le mal. Dumont a cherché à montrer également - et c'est en cela que Flandres peut prétendre au statut d'histoire d'amour - les désillusions d'un amour passif, du manque de passion. Par ailleurs, le film est une relecture du film de guerre (comme "Twentynine Palms", son précédent film, le faisait avec le road-movie), une expérimentation à la française, sorte de drame psychologique amélioré - dopé par la violence explicite des images. Enfin, ce long-métrage est une analyse minutieuse des mœurs propres aux habitants de cette région somme toute assez archaïque, laquelle renvoie au reste de la société française: Dumont déclare à ce sujet " Les Flandres, par exemple, sont un mystère pour moi. C’est ma terre natale : viscérale, sensible, autrement dit sans raison. La caméra devient un microscope, un appareil qui se penche sur le sujet. J’ai besoin de la terre pour filmer les êtres humains. En les filmant, les Flandres rendent une part de l’existence humaine."

Dumont, comme à son habitude, aime à jongler avec les genres, et par extension, avec les thèmes qu'il développe. Dans Flandres, il s'attarde sur six thèmes, tous récurrents dans son cinéma.

La perte de soi: Demester, Blondel et les autres incarnent des paysans désabusés recrutés pour être mobilisés dans une guerre au Moyen-Orient. Déjà désœuvrés et spleenétiques au quotidien (une routine s'est installée, comme en témoigne "la balade quotidienne" de Barbe et Demester, ou encore le besoin de se distraire en jouant avec des brins de paille), ils vont être sujets au Mal une fois arrivés sur le front. Même Demester, qui semble le plus mûr, le plus impassible, va finir par craquer, il ne porte pas assistance à son ami qui lui demandait de l'aide, lequel sera tué.

Cependant, celui-ci a largement tempéré les ardeurs belliqueuses de certains de ses confères d'armes: d'autres sont sujets à une aliénation beaucoup plus rapide, qui se manifeste immédiatement les combats débutés (dès leur première mission, un soldat pénètre dans une maison et veut à tout prix tuer de jeunes enfants, déjà terriblement mutilés), à cause de ce sentiment "ne n'avoir plus rien à perdre". En somme, cette perte de contrôle est due au fait que ces hommes, tellement loin et isolés de la guerre, et donc de la mort perdent leurs repères une fois confrontés au Mal, au vrai Mal. Concrètement, cette "arrivée dans le Mal" se manifeste par le premier tir de missile ennemi: les soldats boivent une bière en discutant,comme ils le faisaient en compagnie de leur amie Barbe, juste avant leur départ, mais sont surpris par le tir. Pas encore habitués au danger, les recrues subissent déjà un premier coup au moral et de surcroît, à l'esprit. Les plus faibles en seront conduits à décharger leur haine sur des victimes expiatoires: de pauvres enfants, mais également sujets au Mal, puisque armés.

L'ennui : Plus concrète et présente dans "La Vie de Jésus" ( 1997), où les protagonistes passaient leurs journées à errer dans les rues de Bailleul, la ville où se situe l'action métropolitaine de Flandres, en discutant simplement de leurs problèmes respectifs, de leurs craintes de la vie...), cette notion "d'ennui" est tout à fait caractéristique du cinéma de Bruno Dumont. Elle en est même l'une des matières principales, tant ses films en sont empreints et tant elle permet aux images de gagner en force, en puissance, en beauté.

Dans Flandres, les personnages (des paysans) vivent désabusés, comme blasés par la vie, alors qu'âgés d'environ 30 ans seulement. Ils vagabondent, vaquent à leurs tâches quotidiennes, et font preuve d'une nonchalance inouïe. Cela se manifeste aussi dans leur manière de s'exprimer, ils ânonnent leurs paroles, bredouillant des phrases quasiment incompréhensibles. Ils en semblent même incapables de toute réflexion, tant le temps pèse sur eux et les transforment, aussi surprenant soit-il, en animaux, travaillant sans réfléchir (d'ailleurs, la guerre va également les transformer en animaux, bêtes à tuer; étonnante coïncidence). Par ailleurs, l'ennui développé par Dumont à une valeur esthétique: il se manifeste par de longs plans d'ensembles fixes sur ces vastes plaines, montrant les Flandres à la manière d'un cinéaste naturaliste (ce que Dumont se défend d'être), ainsi qu'à l'inverse, par de longs gros plans sur les visages ou corps des personnages, pour mieux capter la mélancolie exprimée par leur faciès. L'ennui du début du film contraste grandement avec la violence des combats acharnés qui suivront.

La vengeance: Elle découle du premier thème (la perte de soi) et hantera profondément la majorité des personnages masculins du film. Sentiment qui leur est pourtant inconnu dans leur contrée perdue, où tous sont amis, boivent, discutent, acceptent même de partager leur petite amie, ils vont une fois de plus en faire la connaissance face à la guerre. La manifestation la plus forte, mais non montrée explicitement, est une scène proche de l'épilogue où Demester, après avoir abandonné son camarade en difficulté et entendu son exécution d'une balle dans la tête, pénètre dans une maison où se déroule une réunion de famille. Animé par la haine et justement, la vengeance, il dégaine son couteau et massacre femmes, enfants et maris.

Autre représentation du développement du thème de la vengeance, cette scène ambiguë où une femme, après avoir été violée par trois soldats et ordonné leur capture par des terroristes locaux, désigne comme coupable le seul innocent. Dumont l'explique par sa volonté d'illustrer le mécanisme victimaire: "Je lisais René Girard, qui a écrit des textes passionnants sur le mécanisme victimaire. Il explique que les tribus primitives se battaient entre elles sans fin jusqu'à ce que le meurtre d'une victime innocente - un pèlerin, un étranger - vienne mettre un terme à ce mécanisme". Aux interprétations multiples, cette séquence a pour but de semer le trouble dans l'esprit du spectateur, de le faire réagir, mais semble tout de même représenter une forme de manichéisme,voulu par le réalisateur.

Une "Force Supérieure": Dumont, cinéaste chrétien, se plaît à glisser dans ses films de petites allusions (visuelles ou orales) à l'idée d'une Force Supérieure, d'un Tout-Puissant qui régirait nos droits et devoirs depuis l'au-delà (rien que les titres de ses deux premiers films "La Vie de Jésus" et "L'Humanité" en sont l'exemple même). Au début de Flandres, les personnages semblent attendre quelque chose, un signe divin qui pourrait révolutionner leur existence, tant l'ennui qui les incombe est grand. Vides d'esprit, la manifestation tant attendue est peut-être cette guerre, moyen imparable de les faire changer, pour peu qu'ils en reviennent vivants. Le seul rescapé, Demester, hostile à l'amour que lui offre Barbe depuis le début, va revenir totalement bouleversé, et prononcera cette dernière parole qui sonne le glas de son "ancienne vie": je t'aime. Désormais, il est capable d'aimer, de donner.

La guerre aura donc eu un effet positif sur lui, le faisant devenir réellement humain, après être passé par le Mal: chaque être aurait donc, selon Dumont, besoin d'une part de Mal pour être bon. Et derrière ce conflit se cache donc l'idée de Dieu, qui aurait permis à Demester de trouver sa voie intérieure, de s'accomplir, mieux: de renaître. D'ailleurs, à son retour, on voit les arbres bourgeonnants, symbole là aussi d'une renaissance. La guerre, assez paradoxalement, l'a lavé des mauvais traits de son caractère. Enfin, puisqu'il est le seul à avoir survécu, ne serait-il pas une sorte d'élu de Dieu? Une représentation concrète de la Force Supérieure se trouve dans la scène où un soldat, après avoir été tué par une fusillade lors de la première mission, est emporté par un hélicoptère de secours: les combats cessent quelques secondes, le temps de la venue (aérienne, qui plus est) de cet appareil intouchable, générateur de paix et de silence pendant quelques instants.

La nature : Ces vertes plaines des Flandres deviennent, sous l'objectif de Dumont, le théâtre d'une véritable tragédie moderne. Plus précisément, Bailleul, le village natal du cinéaste, était déjà le lieu principal de La Vie de Jésus et L'Humanité: comme un besoin pour lui de se ressourcer après un "exil" en Californie pour Twentynine Palms. Mais il l'a toujours clamé: les paysages qu'il filme n'ont pas de valeur esthétique, ils sont le reflet de l'état intérieur du personnage. Au début, les personnages subissent des désillusions: les plaines sont filmées à l'automne, temps où la nature meurt. De retour après la guerre, c'est les pommiers en fleurs que Dumont capture, symbole de la renaissance, d'un retour à zéro. Le but étant de pénétrer à l'intérieur des pensées du personnage, la nature est une auxiliaire nécessaire pour se confondre avec l'esprit de celui-ci. Par ailleurs, il faut que celle-ci véhicule le minimum d'agitation: il déclare avec besoin d'abstraction et de calme, d'éliminer pour pouvoir construire. Ainsi, pour le tournage de Flandres et La Vie de Jésus, il a entièrement vidé les rues de son village pour pouvoir avoir le vide total, le néant, et donc repartir depuis la base.

La folie: Elle semble entrer peu à peu dans l'esprit de chaque personnages au fil de l'action mais nous donne en même temps l'impression de les avoir toujours habitait. Tout d'abord la folie liée à l'acte de guerre, qui saisit tout les soldats et les incite à tuer sans réflexion, comme pour le meurtre des deux enfants soldats où encore celui de la famille par Demester. Ici on nous parle d'une folie grandissante.

Mais ce que l'on peut remarquer c'est que cette folie semblait déjà existait dans l'esprit de ces personnes, on peut parler alors d'une folie douce lorsqu'on les voit vivre en se contentant de rien, et particulièrement Demester qui semble ne plus penser à rien, étant donné qu'il ne parle pas, qu'il vit seul et qu'il agit de manière presque non-vivante. De plus lorsque Demester et les autres soldats violent une femme soldat, l'acte parait normal et nous semble comme possible si cela c'était passé dans les Flandres sans qu'il n'y ai eu aucune guerre. L'inhumanité de ces personnes semblaient déjà en place lorsqu'ils vivaient dans leur campagne.

De plus cette folie apparait comme commune et fait office de liant, car au moment où Demester et ses camarades sombrent dans le mal et cèdent à des actes déraisonnables et fous, Barbe à son tour est envoyé dans un hopital psychiatrique et fait des crises, poussée par le fait qu'elle soit enceinte mais aussi comme si elle subissait la même chose que ses amis. On s'en rend compte lorsqu'elle accuse avec une étrange certitude Demester d'avoir abandonné Blondel et de l'avoir tué.

On peut donc conclure que le réalisateur a opéré une réflexion sur la folie qui s'insèrerait plus ou moins en chaque homme selon ses conditions de vie et que la guerre ne ferait que révélait au grand jour. Un sentiment qui nous lierait tous à sa manière.

DistributionModifier

Fiche techniqueModifier


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