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Harper Regan, pièce de théâtre de l'auteur britannique Simon Stephens, publiée en 2007 et créée au National Theatre en 2008.

ArgumentModifier

Elle a quarante ans, un travail honnête, une vie de couple, et un soudain besoin d’entrer dans l’inconnu. Déflagration intérieure. Harper Regan vit sous pression, sous un assemblage composite d’une succession d’oppressions. Pression familiale : sa fille fait sa crise d'adolescence, son mari a perdu est au chômage et traine une possible affaire de voyeurisme. Ils ont dû déménager. Elle assure seule l’intendance de la maison, et son patron lui refuse un jour de congé pour voir son père mourant.

Voyage initiatique d’une quarantenaire déphasée, Harper Regan fait émerger de l’extraordinaire dans les impasses du réel. Rencontres tendres, bouleversements intimes, impulsions libératrices, l’héroïne fait face à l’ordinaire cruauté du banal. Elle fait front, part en guerre contre ses propres résignations, et terrasse les monstres d’un quotidien étouffant. Elle sort grandie, sans violence, attendrie et vivante d’un parcours insolite.

Dans un laps de temps très court, Harper Regan va vivre des moments extraordinaires, des instants qui vont l’extraire de son quotidien, des heures libératrices, et des moments de destructions. La pièce se compose de plusieurs superpositions de pressions. L’ensemble forme une pression composite. La première pression est celle du travail, avec un patron poli mais cynique et sans pitié. Elle subit ce harcèlement moderne qui accable nombre de travailleurs contemporain. Il existe une autre pression du côté du père, qui meurt sans que Harper Regan puisse le voir une dernière fois. Ce rôle du père s’avère aussi étrange et passionnant, puisque le lien puissant que la fille entretient avec lui est mis en doute par la mère, à sa mort.

Harper était jusque là convaincue d’avoir son père de son côté, qu’elle pouvait compter sur son appui inconditionnel. Elle est sans cesse bousculée. Toutes ces pressions ajoutées les unes aux autres provoquent pour finir une déflagration intérieure qui poussera Harper Regan vers d’autres choses, d’autres lieux inconnus. Elle aborde sans raison un jeune homme de l'âge de sa fille. Elle drague avec plus ou moins de bonheur dans des pubs.

Simon Stephens propose au spectateur des situations déroutantes et inhabituelles. Les codes et les archétypes de crises présents dans la littérature dramatique dès qu’il s’agit de la famille ou du couple sont revisités. La rencontre après un échange sur Internet ne conduit pas à quelque chose de sordide, de glauque, mais au contraire, à des moments de délicatesse et de tendresse innatendus. Il ne s’agit pas d’une simple peinture du quotidien ; les personnages dépassent les conflits ordinaires et les situations banales.

La vie déboussolée des individus dans un contexte social ou familial est souvent représentée avec violence, avec des excès sordides ou des traits grossiers, appuyés. Dans cette pièce le spectateur ressent la délicatesse, l’intelligence, l’élégance, un univers en suspension, où la crainte du pire affleure toujours, mais où demeure un espoir, une lumière. Tout ne sombre pas dans le néant ou le négatif.

Les comédiens, notamment Marina Foïs et Gérard Desarthe, sont remarquables par leur capacité à traquer et à trouverle sens des silences, des non-dits, la présence entre les mots pour constituer un univers et composer des personnages en-dehors des mots. Ici, le temps n’est pas le temps normal, il est comme suspendu, tout se passe dans les entrailles des protagonistes. Ils arrivent à trouver une plénitude corporelle, charnelle, qui n’apparaît pas dans le dialogue mais dans les silences.

Déclaration du metteur en scène Lukas Hemleb:
J’ai été interpellé par la thématique de cette pièce, son atmosphère. Cette écriture proche des comédiens, n’a rien à voir avec le code théâtral contemporain.

Ce qui me semble monstrueux aujourd’hui, c’est l’impossibilité partagée de situer le monstre, de l’identifier. Nous vivons dans une suspicion où chacun semble s’interroger sur le mal, d’où il vient, où il se cache. Cela crée un climat particulier que je retrouve dans la pièce. Une certaine lumière émane pourtant du propos et de l’énergie des comédiens. Ce n’est pas une pièce particulièrement claire, mais elle n’est pas sombre, elle est sismique : elle détecte et fait se frotter les plaques sismiques des êtres. Ce n’est ni noir ni froid, c’est salutaire.

Extrait de dialogue:
Tobias :
Vous êtes qui ?
Harper :
Oh oui pardon, je m’appelle Harper.
Harper Regan.
J’habite Church Lane.
Je viens ici tous les soirs. Tous les soirs en rentrant je passe par ici, je m’arrête sur ce pont et je reste là, à regarder.
Je ne vous avais jamais vu. Je faisais pas attention où j’allais. J’avais l’esprit ailleurs.
Et je vous ai vu et vous ressembliez à mon neveu, James. Le neveu de mon mari, en fait. Et je me suis approchée et vous lui ressemblez pas du tout en fait.
Alors voilà, c’est un peu gênant pour moi, et peut-être aussi pour vous mais bon, c’est comme ça.

Fiche de la pièceModifier

  • Auteur: Simon Stephens
  • Date de publication: 2007
  • Création National Theatre de Londres en 2008
  • Traduction en français: Dominique Hollier

Représentations en 2011 en FranceModifier

  • Mise en scène: Lukas Hemleb
  • Assistante à la mise en scène Charlotte Lagrange
  • Décor Csaba Antal
  • Costumes Gerhard Gollnhofer
  • Production: Maison de la Culture d’Amiens / centre de création et de production,
    • Coproduction Théâtre du Rond-Point / Le Rond-Point des tournées, Maison de la Culture de Bourges, Théâtre des Treize Vents-Montpellier, avec la participation artistique du Jeune Théâtre National
  • Création : 10 janvier 2011 Création à la Maison de la Culture d’Amiens
  • Saison 2010-2011 du Théâtre du Rond-Point, 19 janvier au 19 février 2011

Distribution 2011 FranceModifier

  • Caroline Chaniolleau : Justine Ross (infirmière), Alison Woolley (mère de Harper)
  • Gérard Desarthe : Elwood Barnes (patron de Harper), James Fortune (homme de rencontre), Duncan Woolley (beau-père de Harper)
  • Marina Foïs : Harper Regan
  • Alice de Lencquesaing : Sarah Regan (la fille)
  • Louis-Do de Lencquesaing : Seth Regan, Mickey Nestor (journaliste dragueur)
  • Pierre Moure : Tobias Rich (le jeune), Mahesh Aslam (l'apprenti)
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