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Le Jikken kōbō (実験 工房 Atelier expérimental) est un collectif d’artistes de l'avant garde japonaise des années 1950.

PrésentationModifier

Contemporain, mais géographiquement très éloigné, le Jikken kôbô peut se comparer au Black Mountain College en Caroline du Nord, et à l’Independent Group à Londres.

le Jikken kôbô réunit plasticiens, compositeurs, photographes, scénographes, un poète et critique de musique, un concepteur lumière, un graveur, un pianiste et un ingénieur.

Ce groupe a été fondé en 1951 et reste actif jusqu'en 1958 à Tokyo. Le Jikken kôbô a généré des formes d’événements artistiques atypiques, entre ballet, récital, et art environnemental. Créé trois ans avant l'internationalement célèbre Gutai, le Jikken kōbō a proposé une vision transdisciplinaire, axée sur la question de l’œuvre collaborative, de l’expérimentation de nouveaux formats d’exposition, et d’une expérience « sensorielle» de l’art.

Les artistesModifier

Somme d’un réseau complexe entre des groupes informels d’amis et de collectifs d’artistes autodidactes, le Jikken kôbô est globalement la réunion d’un groupe de plasticiens:

et de compositeurs

  • Tôru Takemitsu 武満 徹 (1930-1996)
  • Hiroyoshi Suzuki 鈴木博義 (1931-2006)
  • Kazuo Fukushima 福島 和夫 (1930 - ), le frère de Hideko Fukushima
  • Jôji Yuasa 湯 浅譲二  (1929 -
  • Kuniharu Akiyama 秋山邦晴 (1929-1996)
  • Takahiro Sonoda 園田高弘 (1928-2004)
  • Keijiro Satô 佐藤慶次郎(1927-2009)

Cette séparation entre une « section art » et une « section musique » est employée dans plusieurs écrits de l’époque. Même s’ils collaborent avec des metteurs en scène, des chorégraphes et des danseurs sur plusieurs de leurs projets, ces derniers sont toujours perçus comme extérieurs au groupe. Kuniharu Akiyama représente en plus la section littéraire et critique, mais il compose également de la musique et est souvent rapproché à cette section. Quant à Hideo Yamazaki qui est ingénieur, il semble que sa participation portait avant tout sur la réalisation et la mécanisation des structures de la section art.

===Histoire===http://fr.nezumi.wikia.com/wiki/Sp%C3%A9cial:D%C3%A9connexion?returnto=Jikken_k%C3%B4b%C3%B4&returntoquery=action%3Dedit%26section%3D3

Une des personnalités centrale du groupe, qui va l’alimenter théoriquement, est le critique d’art Shūzō Takiguchi. Personnage important de la scène artistique japonaise dès la fin des années trente. Il correspond avec Breton, Tàpies ou Dalì tout au long de sa carrière et expose pour la première fois au Japon des artistes surréalistes. Après guerre, il est un des critiques d’art les plus influents de l’époque et dirige le pavillon du Japon à la biennale de Venise en 1958.

De plus de vingt ans leur ainé, Shūzō Takiguchi n’est pas à proprement dit un membre du Jikken kōbō, mais « un père spirituel », « un parrain » . C’est lui qui trouve le nom de Jikken kōbō, et son nom international, The Experimental Workshop. Il les accueille chez lui pour des rencontres et des discussions, écrit des textes au ton de manifeste pour les programmes des évènements du groupe, et rédige en même temps des comptes rendus des soirées dans des revues. Il les aide aussi à trouver des financements et des lieux pour leurs évènements. Soutenir le Jikken kōbō et d’autres groupes artistiques apparaît comme un moyen concret pour lui de militer pour de développement de mouvements alternatifs offrant les conditions favorables à la naissance d’un nouvel art.

Proche de la pensée surréaliste, il soutient une vision internationaliste de l’art, un fonctionnement ouvert du collectif, et souhaite la réappropriation par les artistes des nouveaux médias de masses comme le cinéma, la photographie, la radio, la télévision. Dans les textes-manifestes qu’il rédige pour le Jikken kōbō, il appelle à cultiver un esprit d’expérimentation, et à créer une nouvelle synthèse entre les arts sonores et les arts visuels.

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, se développent au Japon des groupes artistiques plus libres et ouverts que les puissants dantai, sortes de « gentlemen’s clubs » artistiques rigides et hiérarchiques issus du XIXe siècle. Sous l’influence de Takiguchi, l’Experimental Workshop est un instigateur important de cette nouvelle scène alternative : beaucoup d’artistes, de chorégraphes, de metteurs en scène ou de danseurs collaborent sur des projets officiels du Jikken kōbō.

Le premier événement officiel du Jikken kōbō a lieu le 16 novembre 1951 dans la salle de spectacle Hibiya Kokaido à Tokyo. Il est parrainé par le journal Yomiuri Shimbun, pour lequel écrit Takiguchi. Il s’agit d’un ballet conçu pour l’ouverture de la seconde partie de la première exposition rétrospective de Pablo Picasso au Japon. Le ballet s’intitule Ikiru Yorokobo, traduction du tableau de Picasso La Joie de vivre, où faunes, nymphes et satyres dansent et jouent de la musique.

Les membres de l’Experimental Workshop ont expérimenté de nombreuses formes de monstrations pluridisciplinaires comme le court-métrage, le théâtre, le récital, le diaporama sonore, mais aussi des « activités inclassables» où se mêlent récitations de poèmes, diffusions de musique, expositions d’œuvres et architecture. Quelques exemples : lors de l’exposition « Space and Design » à la galerie Wako en décembre 56, Yamaguchi collabore avec l’architecte Kiyoshi Seike pour expérimenter ses Vitrines en verre imprimé dans l’espace ; l’exposition d’été des membres du Jikken kōbō en août 1957 au Fugetsu-do à Tokyo mêle exposition de peinture et écoute de vinyle ; et Poems/Objets en octobre 1958 à la galerie Hiroshi à Tokyo propose un dialogue entre des poèmes et des œuvres.

À compter du troisième évènement du groupe en 1952, ils choisissent le terme d’happyōkai (発表会 présentation, récital), quelle que soit la forme que prennent leurs évènements. Chaque projet apparaît comme une tentative de dialogue entre différents médiums afin de créer un nouveau type d’expérience spectatoriale. Pour la section art, l’accent est mis sur l’utilisation de matériaux contemporains comme le grillage, les vitres imprimées, les feuilles de celluloïd, la résine ou le stroboscope. Les matériaux sont utilisés afin de créer des « effets sensoriels » faisant disparaître la nature même du matériau.

Les membres de la section musique sont très au fait des expérimentations musicales développées au même moment en Europe et aux États-Unis. Plusieurs évènements du Jikken kōbō sont conçus comme des plateformes de diffusion de la création musicale, où sont interprétées, souvent pour la première fois au Japon, des œuvres d’Olivier Messiaen, Arnold Schönberg, André Jolivet, Aaron Copland, Leonard Bernstein, Belà Bartòk, Érik Satie, Darius Milhaud, Norman dello Joio et John Cage. Les membres du groupe possèdent très peu d’enregistrements et s’arrangent pour trouver des partitions, quelques fois en écrivant directement à des compositeurs comme John Cage. Les compositions originales créées par les membres du Jikken kōbō reflètent leurs intérêts pour la musique concrète, la musique sérielle et les expérimentations électroacoustiques. Plusieurs membres du groupe collaborent dès le début des années cinquante avec l’entreprise Tokyo Tsushin Kogyo K.K. (qui deviendra Sony), et accèdent à de nouvelles technologies comme l’enregistreur à bandes magnétiques « G-Type ». Tōru Takemitsu semble être le premier compositeur japonais à l’utiliser, et Kuniharu Akiyama, compositeur et poète au sein du groupe, compose en 1951 Toraware no Onna (Femme emprisonnée) et Piece B, premiers exemples de compositions pour enregistreur à bandes magnétiques.

Les influences des membres de la section art sont plus orientées vers les productions des avant-gardes européennes d’avant-guerre. Shōzō Kitadai commence par construire des reproductions de mobiles d’Alexandre Calder à partir de photographies qu’il trouve. Les dispositifs scénographiques qu’il crée pour les présentations du groupe sont proches de l’univers de Calder et d’Isamu Noguchi avec un intérêt particulier pour la mécanisation des structures. Selon Katsuhiro Yamaguchi, l’intérêt de Kitadai pour les développements de la science, la physique quantique, la théorie de la relativité, ou les romans de science-fiction ont beaucoup nourris les réflexions et les productions du groupe. Également intéressé par le travail d’Alexandre Calder, Katsuhiro Yamaguchi est passionné par le Bauhaus et le Constructivisme à travers les réflexions développées par László Moholy-Nagy dans Vision in Motion et The New Vision. Dès le milieu des années cinquante, Yamaguchi s’intéresse aux travaux de Frederick Kiesler, qu’il rencontrera à New York en 1961. On trouve peu d’informations sur les influences des autres membres de la section art, si ce n’est que Hideko Fukushima, seule femme du groupe, « faisait de la peinture abstraite reflétant ses émotions personnelles, et ne partageait pas l’intérêt de Kitadai et Yamaguchi pour la mécanique».

Voir aussiModifier

GalerieModifier

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