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Kwaidan ((怪談 Kaidan) est un film fantastique japonais de Masaki Kobayashi sorti en 1964.

Le film est composé de quatre épisodes :

  • Les Cheveux noirs
  • La Femme des neiges
  • Hoïchi sans oreilles
  • Dans un bol de thé

Chaque épisode raconte une histoire de fantômes, issues du folklore traditionnel japonais et adaptées du recueil qu'en a fait Lafcadio Hearn.

Synopsis Modifier

  • Les Cheveux noirs : un samourai abandonne sa femme par dégoût de la pauvreté, et part se marier avec la fille d'une riche famille pour obtenir la richesse. Mais il n'aime pas sa nouvelle femme et est hanté par le souvenir de la première.
  • La Femme des neiges : deux bucherons sont pris dans une tempête de neige. Ils trouvent un refuge, mais arrive une femme étrange qui en tue un de son souffle glacial. Elle épargne l'autre, qui gardera la vie aussi longtemps qu'il ne racontera pas ce qui c'est passé cette nuit là.
  • Hoïchi sans oreilles : un jeune aveugle recueilli par des moines près de la baie de Dan-no-ura, s'absente chaque nuit pour suivre un étrange guerrier et chanter au maitre de celui-ci l'épopée de la bataille qui se deroula dans la baie quelques siècles plus tôt.
  • Dans un bol de thé : un écrivain retranscrit une histoire où un samouraï voit flotter dans son bol de thé le visage d'un jeune homme narquois. Pour chasser cette vision il avale le thé. Mais bientôt, le jeune-homme refait son apparition.

CritiqueModifier

Le film jugé trop long pour être exploité en salle fut raccourci, et le deuxième conte (La Femme des neiges) fut supprimé de la version mise en circulation. Il s'agit de l'un des films les plus imaginatifs et terrifiants du cinéma Japonais. Il s’agit d’une adaptation de l’œuvre d’un écrivain américain Lafcadio Hearn, qui vécut au Japon et que les japonais considèrent comme l'un des leurs, phénomène plutôt rare. Il s’agit en fait moins de nouvelles que de thèmes spécifiques, de prétextes à nous conduire vers un ailleurs irrationnel. Là où notre imagination prend le dessus et où les angoisses infantiles inconscientes peuvent s’épanouir.

Le travail de la photographie comme de la lumière est tel qu’il s’agit d’une œuvre qui se veut porteuse de sens, de poésie bien que parfois violente, dérangeante et cruelle. . A la longue, le danger de cette perfection formelle pouvait être une certaine monotonie, mais le rythme des sketches est automatiquement imposé et les introductions successives des narrateurs face à des tableaux aux couleurs à chaque fois différentes offrent un véritable sentiment de nouveauté ou du moins d’une atmosphère où nos repères ne peuvent encore nous installe.

Dans le premier épisode baigne dans une mélancolie diffuse, bruits secs, pénombre, lieux étriqués, que le coup de théâtre final transforme en désespoir romantique. La véritable horreur ne vient pas de ces ombres hostiles, de ces apparitions lugubres ou de ces contrastes de couleurs, mais bien de la perfidie de l'homme féodal, de la rigidité de son bushido, de ses voeux aliénants, de sa recherche pathologique des honneurs .

Sur le second passe comme un souffle épique. La dame des neiges immaculée face au jeune bûcheron désemparé, miteux et sale. Si elle tue le vieil homme qui l’accompagne, elle épargne la vie du plus jeune pour sa beauté et sa candeur sous la promesse de ne jamais répéter ce qu’il a vu. Encore une fois, la nature face à l’homme, ou la femme face à l’homme qui interrogent le sentiment amoureux et la vanité masculine. Mentant à la première il trahit la seconde, et perd ainsi toute crédibilité .. Par amour, dans un premier temps et par infidélité finalement pour cette dame des neiges à qui il avait promis le silence. Il perd donc tout.

La bataille décrite dans la troisième histoire (Hoïchi sans oreilles) est la Bataille de Dan-no-ura (1185). Elle se déroula durant la dernière phase de la Guerre de Gempei et opposa Taira no Kiyomori et Minamoto no Yoritomo. L'épopée que conte le joueur de luth (plus précisément de biwa) se nomme Heike Monogatari. Dans son hermétisme, cet épisode est proche de l'abstraction. Il baigne dans des croyances ancestrales et peut donc paraître encore plus envoûtant. La musique joue aussi son rôle tous comme les chants traditionnels pour imposer une atmosphère presque historique mais suspendue dans le temps . En protégeant un moine de l’invitation quotidienne d’un esprit pour jouer du biwa et chanter à ses maîtres Kenji l’histoire de leur dynastie, le moine aveugle, candide et pur, choisit d’honorer les anciens.

Sa cécité est à l’image de sa pureté, et il est de ce fait, encore plus dans le vrai puisqu’il entend ce que nous ne pouvons entendre. Sa santé néanmoins s’affaiblit par ses longues soirées de conteurs, et c’est ainsi que ses maîtres décident de le libérer de l’esprit en réalisant un passage qui restera dans les annales du cinéma dit « Kaidan-eiga » (film de fantômes japonais) : dessiner des calligraphies protectrices sur tout le corps du jeune moine pour le rendre invisible aux esprits. Le réalisateur s’attarde avec douceur sur cette délicatesse dans ce maquillage précis, presque maternant mais qui, à l’image de l’homme, ne peut être parfait. La leçon est ici plus philosophique : il est du devoir d’un des nôtres d’honorer nos ancêtres et de les soulager de leur peine, puisque sans passé, sans histoires, nous n’existons pas.

Le quatrième laisse entrevoir la notion du double, cher aux grands réalisateurs de films d’épouvante. Le miroir, l’autre qui poursuit mais qui n’est visible qu’à l’œil du persécuté. Là, Kobayashi interroge la réelle nécessité de mettre un point final ou non à un scénario. Si le fait de s’abstenir de donner une fin et laisser le spectateur se la créer lui-même n’est pas plus porteuse d’effroi. Ici, toujours dans ce comportement hiératique, le samouraï austère et suffisant, fuyant les apparitions moqueuses d’un étrange homme invisible aux yeux de l’autre .. Un regard qui se moque, qui juge, qui cherche .. Dérangée, horrifiée, torturée, la victime veut mettre à mort ce spectre qui reproche quoi ? Qu’a fait ce samouraï ? Pourquoi en est il arrivé là ? Aucune réponse, juste de la peur et le sentiment de ne pas savoir où l’on va aller.

C’est un ensemble à forte connotation fantastique. Les thèmes traités sont en eux-mêmes plutôt simples mais en revanche l’atmosphère est très particulière, d’une lenteur toute japonaise parfois pesante mais qui finit par être envoûtante. L’ambiance est créée aussi par la lumière extrêmement sombre. Mais cette dextérité sert à dénoncer la violence sous-jacente à l'esthétique d'estampes et de soieries. Car si le cinéaste s'essaye à un genre aussi populaire et codifié du cinéma japonais, c'est pour mieux l’utiliser de l'intérieur et dans un sens inédit afin de dresser le réquisitoire d'un certain esprit médiéval, lapidaire et sadique propre au Japon.

Distribution Modifier

Les Cheveux noirs

  • Rentaro Mikuni : Le mari
  • Michiyo Aratama : La première femme
  • Misako Watanabe : La deuxième femme
  • Kenjiro Ishiyama : Le père

La Femme des neiges

  • Tatsuya Nakadai : Minokichi
  • Keiko Kishi : Yuki
  • Yûko Mochizuki : La mère de Minokichi
  • Noriko Sengoku : une villageoise
  • Kin Sugai : une villageoise

Hoïchi sans oreilles

  • Katsuo Nakamura : Hoichi
  • Tetsuro Tamba : Le guerrier
  • Yoichi Hayashi : Le Préposé
  • Takashi Shimura : Le prètre
  • Kunie Tanaka : Yasaku

Dans un bol de thé

  • Kanemon Nakamura : Kannai
  • Osamu Takizawa : L'auteur
  • Seiji Miyaguchi : le vieil homme
  • Ganjiro Nakamura : L'éditeur
  • Noboru Nakaya : Shikibu Heinai
  • Kei Sato : Le samouraï fantome
  • Haruko Sugimura : La femme

Fiche Technique Modifier

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