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L'Enfer film français inachevé d'Henri-Georges Clouzot, tourné en 1964.

Le scénario a été repris et adapté par Claude Chabrol dans son film L'Enfer, sorti trente ans après, en 1994.
Le 11 novembre 2009 est sorti L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot de Serge Bromberg et Ruxandra Medrea, réalisé à partir des archives de Clouzot et présenté au festival de Cannes 2009.

Synopsis probableModifier

Un couple, Marcel et Odette, prennent la gérance d'un hôtel en province française. Plus tard, Marcel, dévoré par la jalousie, attache Odette à un lit. Il se remémore les années d'avant, tout en soumettant sa femme à la torture, ses fantasmes se mêlant à la réalité.

Dans le projet de Clouzot, l'homme jaloux infernalement s'appelle Marcel (comme Proust) et sera un aubergiste dans le Cantal, avec sa femme Odette (comme de Crécy) et leur petit enfant de trois ans et demi. Ils vivent tranquillement au bord du lac de Garabit. Ils tiennent le Viaduc Hotel. Clouzot voit bien tout ça: Marcel, Odette, les clients, les amis, le lac, le viaduc d'Eiffel, un ciel sans nuages. L'hotelier est heureux, puis, soudain, il a peur. Peur de quoi ? Que sa femme le trompe, avec des hommes, des femmes, des animaux, des arbres.

Dans l'Enfer, on ne saura pas si Marcel tue vraiment Odette. On les aura vus pourtant distinctement, l'un avec un rasoir à la main, l'autre ensanglantée. L'a-t-il rêvé ? La vie n'est-elle pas ce mauvais rêve éveillé dont on ne sait pas si la mort constitue le réveil rêvé ? Là est le suspense signé Clouzot. Pour une fois le film est policier d'une autre façon. Le jaloux enquête sur des crimes qui auraient pu avoir lieu.

Marcel farfouille dans le flash-back pour trouver des raisons d'être jaloux. Une veillée de Noël passée à la moulinette de sa mémoire enjalousée n'est plus que du hachis de bonheur. L'arbre enguirlandé est plus triste à voir que le figuier sec auquel Judas se pendit.

Marcel tremble et délire. Il déforme la réalité, la vérité et la vie dans la foulée. Il ne voit plus ce qui se voit, il n'entend plus ce qui s'entend.

Histoire du tournageModifier

En 1962, Henri-Georges Clouzot a le cafard. Il revient de Tahiti, sa femme Véra est morte, d'une crise cardiaque devant son lavabo, comme dans les Diaboliques. Pour sortir de l'enfer, Clouzot va entrer dans l'Enfer. Il veut appeler son film Le Fond de la nuit, tiré du psaume 129, mais bientôt l'Enfer s'impose. Selon l'assistant-réalisateur d'alors (Costa-Gavras), c'est en découvrant le film "Huit Et Demi", de Federico Fellini, que le réalisateur Henri-Georges Clouzot eut l'envie de rompre avec le format plus classique de ses précédents films, pour tourner une œuvre d'un genre nouveau.

Clouzot travaille pendant plus d'un an auprès d'Inès, celle qui va devenir sa nouvelle femme. Clouzot se documente, il lit des livres médicaux, interroge des malades, discute avec son psychiatre, le professeur Delay qui lui raconte l'histoire véridique d'un jaloux venu s'accuser à la police d'avoir tué sa femme infidèle : lorsque les policiers se rendirent chez lui, ils trouvèrent l'épouse en pleine forme qui faisait la vaisselle.

Selon l'intensité de sa jalousie, le spectateur entendra la voix intérieure de Marcel sur plusieurs registres entremêlés. Tout ça sur fond de musique concrète particulièrement harmonisée à des effets optiques biscornus. Visuellement, le film ne sera pas moins angoissant. Des héros de Kafka projetés dans un décor de Vasarely. Comme le précédent Le Mystère Picasso et la Prisonnière suivante, l'Enfer sera un film sur la peinture. A chaque image-choc, on passe du noir et blanc de la vie "normale" aux couleurs kaleïdoscopiques de la "paranoïa". Une locomotive pousse un cri strident, et on voit Odette étranglée dans du papier-bonbon; on voit le visage de Marcel qui s'étire comme un paysage; on voit l'eau du lac devenir rouge-sang sous le coup de la colère.

En 1963, il achève son scénario. Il cherche encore les comédiens idéaux. Pour Marcel, Clouzot tâtonne. Raf Valone? Marcello Mastroianni ? Non. Serge Reggiani ! un Rital, mais sans accent. Sa vocation de chanteur lui viendra en enregistrant ses répliques sur plusieurs octaves. Odette, Clouzot l'a trouvée: Romy Schneider. Elle lui rappelle sa mère, Magda, en plus amoureuse. Clouzot la veut, travaillée, torturée par la jalousie, alors que son personnage est censé en être la victime. Elle commence à montrer qu'elle souffre. Clouzot s'engouffre dans sa première faille de femme. Il en sortira quelques unes des plus belles images qui resteront d'elle.

Une roue de couleurs tourne lentement devant les projecteurs du studio de Boulogne. Etrange manège gélatineux. L'opérateur Armand Thirard s'en donne à coeur joie. Il enrobe Romy, il la déforme dans le sens de sa beauté. Bouleversante, elle apparaît en mariée, soulevant son voile de tulle. Elle caresse aussitôt un mobile en Plexiglas dont les mille et une rondelles frémissent de plaisir. Puis des lueurs orangées lèchent sa tête et ses mains entièrement glycérinées. Les cheveux tirés, elle ressemble à Véra à qui, de l'enfer, Clouzot redonne vie. La roue tourne, plus ou moins vite, comme le moteur d'un vibraphone, et ce sont de véritables sons de lumière qui font vibrer la sainte face de Romy aux anges.

Son visage est huileux et vert, il dégouline de sueur bleue. Romy bave en gros plan. Elle salive de la mousse de diamant. Sa bouche est un poisson qui s'asphyxie dès qu'on le sort de la volupté. Elle se pourlèche les lèvres, les dents, elle offre à l'objectif sa langue palpiteuse. Ensuite, elle fume. La fumée remplace la salive, elle s'échappe de sa bouche comme un nuage de sperme. Personne n'a jamais tiré sur une cigarette ainsi !

Clouzot lui a mis un gros ressort extensible entre les mains, un de ces gadgets années 60 qui ornent les tables basses. Romy joue avec la chose, elle la détend, la retend, la laisse vivre sur son corps ondulant. Le ressort bande et débande et rebande, il se promène comme une bête virile et espiègle sur l'actrice en instance d'extase. Clouzot donne à voir toutes les facettes du visage sacré de la femme qui jouit, mais qui jouit vraiment, pas celle qui fait semblant de "partir" dans le flou, celle qui atteint la cime glaciale du plaisir. Grâce à la grâce de Romy Schneider, la caméra d'Henri-Georges Clouzot fixe, en une seconde, l'image unique de la jouissance féminine.

En 1964, trois quart d'heure des séquences hallucinatoires de l'Enfer sont en boîte. Le 7 juillet, Reggiani tourne une première scène où Marcel casse un verre. Le soir, c'est lui qui se brise. Inexplicablement, Reggiani tombe malade. Ça empire à l'hopital. L'acteur est injouable. Clouzot fait semblant de ne pas être trop inquiet.

Une nuit, Clouzot, seul face au lac prend la décision de remplacer Reggiani. Il pense à Charles Denner, ce sera Jean-Louis Trintignant: Clouzot lui mime les crises de jalousie. Il s'énerve et soudain, Clouzot grimace et s'effondre, infarctus. Les médecins l'envoient à Saint-Flour. C'est à ce moment-là que Reggiani, guéri, revient. Il tombe sur Trintignant. Ils se sentent doublement inutiles. Clouzot est hospitalisé. Le décor est démonté.

Un an après, Clouzot a définitivement renoncé à L'Enfer.

Distribution Modifier

  • Romy Schneider : Odette
  • Serge Reggiani : Marcel, le mari d'Odette, jaloux névrotique
  • Dany Carrel : Marylou, l'amie aguicheuse d'Odette
  • Jean-Claude Bercq : Martineau, le garagiste play-boy
  • Mario David : Julien
  • André Luguet : Duhamel, le fidèle client de l' "Hôtel du Lac", caméraman amateur
  • Maurice Garrel : Dr Arnoux
  • Blanchette Brunoy : Clotilde
  • Hubert de Lapparent : M. Pimoiseau
  • Germaine Delbat : Mme Rudemont
  • Barbara Sommers : Mme Bordure
  • Maurice Teynac : M. Bordure
  • Catherine Allégret : Yvette
  • Henri Virlojeux : l'homme sur la terrasse
  • Bernard Stora

Fiche techniqueModifier

  • Scénario et réalisation : Henri-Georges Clouzot
  • Assistants réalisateurs : Bernard Paul, Bernard Stora
  • Image : Andréas Winding
  • Durée inconnue, 185 bobines retrouvées, environ 45 minutes.

VidéosModifier


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