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L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot, film français documentaire réalisé par Serge Bromberg et Ruxandra Medrea, sorti en 2009.

Documentaire sur L'Enfer, film inachevé de Henri-Georges Clouzot

Analyse critiqueModifier

En 1962, Henri-Georges Clouzot a le cafard. Il revient de Tahiti, sa femme Véra est morte, d'une crise cardiaque devant son lavabo, comme dans les Diaboliques. Pour sortir de l'enfer, Clouzot va entrer dans l'Enfer. Il veut appeler son film Le Fond de la nuit, tiré du psaume 129, mais bientôt l'Enfer s'impose.

Clouzot travaille pendant plus d'un an auprès d'Inès, celle qui va devenir sa nouvelle femme. Clouzot se documente, il lit des livres médicaux, interroge des malades, discute avec son psychiatre, le professeur Delay qui lui raconte l'histoire véridique d'un jaloux venu s'accuser à la police d'avoir tué sa femme infidèle : lorsque les policiers se rendirent chez lui, ils trouvèrent l'épouse en pleine forme qui faisait la vaisselle.

Une roue de couleurs tourne lentement devant les projecteurs du studio de Boulogne. Etrange manège gélatineux. L'opérateur Armand Thirard s'en donne à coeur joie. Il enrobe Romy, il la déforme dans le sens de sa beauté. Bouleversante, elle apparaît en mariée, soulevant son voile de tulle. Elle caresse aussitôt un mobile en Plexiglas dont les mille et une rondelles frémissent de plaisir. Puis des lueurs orangées lèchent sa tête et ses mains entièrement glycérinées. Les cheveux tirés, elle ressemble à Véra à qui, de l'enfer, Clouzot redonne vie. La roue tourne, plus ou moins vite, comme le moteur d'un vibraphone, et ce sont de véritables sons de lumière qui font vibrer la face de Romy, aux anges.

Son visage est huileux et vert, il dégouline de sueur bleue. Romy bave en gros plan. Elle salive de la mousse de diamant. Sa bouche est un poisson qui s'asphyxie dès qu'on le sort de la volupté. Elle se pourlèche les lèvres, les dents, elle offre à l'objectif sa langue palpiteuse. Ensuite, elle fume. La fumée remplace la salive, elle s'échappe de sa bouche comme un nuage de sperme. Personne n'a jamais tiré sur une cigarette ainsi !

En 1964, trois quart d'heure des séquences hallucinatoires de l'Enfer sont en boîte. Le 7 juillet, Reggiani tourne une première scène où Marcel casse un verre. Le soir, c'est lui qui se brise. Inexplicablement, Reggiani tombe malade. Ça empire à l'hopital. Clouzot fait semblant de ne pas être trop inquiet.

Une nuit, Clouzot, seul face au lac prend la décision de remplacer Reggiani. Il pense à Charles Denner, ce sera Jean-Louis Trintignant: Clouzot lui mime les crises de jalousie. Il s'énerve et soudain, Clouzot grimace et s'effondre, infarctus. Les médecins l'envoient à Saint-Flour. C'est à ce moment-là que Reggiani, guéri, revient. Il tombe sur Trintignant. Ils se sentent doublement inutiles. Clouzot est hospitalisé. Le décor est démonté.

Un an plus tard, Clouzot a définitivement renoncé à L'Enfer.

Plus de quarante ans après, Serge Bromberg et Ruxandra Medrea ont reconstitué cette folle histoire en intégrant à leur récit un matériau de choix qu'on croyait perdu : une partie des rushes et des essais innombrables, tournés par Clouzot, mais sans la bande-son, bel et bien disparue. L'histoire est celle de Marcel dévoré par le démon de la jalousie. Tenancier d'un petit hôtel de province situé en contrebas d'un viaduc, il passe son temps à épier celle qu'il aime, son épouse éblouissante, au prénom proustien, Odette.

Réaliser un film « plastique », tel est en effet son souhait. A l'époque, au zénith de sa carrière, Clouzot est l'un des cinéastes les plus réputés en France. Il peut tout se permettre. Puisant dans l'art optique et cinétique, il sollicite plusieurs opérateurs et ingénieurs du son pour lancer diverses expérimentations. Filtrages de couleur, images kaléidoscopiques, tout le monde se prête à ce jeu moderniste, acteurs et techniciens. Aujourd'hui, ces effets paraissent un peu datés. Ce qui se dessine, surtout, c'est l'histoire d'un échec : une greffe impossible entre cinéma « classique » et cinéma expérimental.

Dans sa folie des grandeurs comme des profondeurs, Clouzot embarque tout le monde. A travers plusieurs témoignages pertinents, notamment le réalisateur Bernard Stora , à l'époque assistant stagiaire, on mesure combien le tournage prend, au jour le jour, une dimension délirante autant qu'absurde : plusieurs caméras, plusieurs équipes qui attendent, et Clouzot le perfectionniste qui s'obstine sur des détails, qui martyrise le pauvre Reggiani, qui en tombera malade. Cette fatalité en marche est le fil rouge captivant du documentaire de Bromberg et Medrea : montrer l'enfermement progressif d'un cinéaste à l'intérieur de sa création, perdant pied jusqu'à se confondre avec son personnage masculin.

Dans cette bérézina, reste un trésor: Romy Schneider. Délaissant ses aventures en crinoline de Sissi, elle débute alors une autre carrière, en France. Elle a déjà tourné avec Welles (Le Procès), Cavalier (Le Combat dans l'île). Mais L'Enfer consacre son avènement. Elle y est triomphante, vénéneuse, adulte et moderne.

Distribution Modifier

  • Romy Schneider : Odette (images d'archives)
  • Bérénice Bejo : Odette
  • Serge Reggiani : Marcel (images d'archives)
  • Jacques Gamblin : Marcel
  • Dany Carrel : Marylou (images d'archives)
  • Jean-Claude Bercq : Martineau (images d'archives)
  • Mario David : Julien (images d'archives)
  • André Luguet : Duhamel (images d'archives)
  • Maurice Garrel : Dr. Arnoux (images d'archives)
  • Catherine Allégret : Yvette / Elle-même – Interviewé (images d'archives)
  • Barbara Sommers : Mme Bordure (images d'archives)
  • Maurice Teynac : M. Bordure (images d'archives)
  • Henri Virlojeux : L'homme sur la terrasse (images d'archives)
  • Blanchette Brunoy : Clotilde (images d'archives)
  • Henri-Georges Clouzot : Lui-même (images d'archives)
  • Gilbert Amy : Lui-même – Interviewé
  • Jacques Douy : Lui-même – Interviewé
  • Jean-Louis Ducarme : Lui-même – Interviewé
  • Costa-Gavras : Lui-même – Interviewé
  • William Lubtchansky : Lui-même – Interviewé
  • Thi Lan Nguyen : Lui-même – Interviewé
  • Joël Stein : Lui-même – Interviewé
  • Bernard Stora : Lui-même – Interviewé (images d'archives)
  • Serge Bromberg : Récitant / Narrateur (voix)

Fiche techniqueModifier

  • Titre : L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot
  • Réalisation : Serge Bromberg et Ruxandra Medrea
  • Scénario : Serge Bromberg
  • Musique : Bruno Alexiu
  • Photographie : Jérôme Krumenacker et Irina Lubtchansky
  • Pays d'origine : France
  • Durée : 102 minutes
  • Date de sortie : 11 novembre 2009

Nominations et récompenses

  • César du cinéma 2010 : Récompensé par le César du meilleur film documentaire.

Voir aussiModifier


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