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La Fille du RER film du réalisateur André Téchiné, sorti en 2009

Le film est adapté de la pièce de Jean-Marie Besset, RER

Analyse critiqueModifier

Le vendredi 9 juillet 2004, une jeune femme déclare à la police avoir été victime d’une agression à caractère antisémite. Dès le lendemain soir, son témoignage provoque une vague d’indignation dans le milieu politique et associatif, et bénéficie d’une couverture médiatique conséquente. Trois jours plus tard, elle reconnaîtra avoir tout inventé. Jeanne vit dans un pavillon de banlieue avec sa mère Louise. Louise gagne sa vie en gardant des enfants. Jeanne, sans trop de conviction, cherche un emploi. Un jour, en lisant une annonce sur le net, Louise croit que le destin frappe à sa porte. Elle nourrit l'espoir de faire engager sa fille chez Samuel Bleistein, un avocat de renom qu'elle a connu dans sa jeunesse. L'univers de Jeanne et celui de Bleistein sont à des années lumières de distance. Pourtant, ils vont se rencontrer à cause d'un mensonge inouï que Jeanne échafaude .

Le sujet récurrent du cinéma d'André Téchiné, sous des dehors romanesques, mais avec une mélancolie tonique, est l'avénement d'un nouvel ordre ou désordre des choses, comme si tous ses films pouvaient s'appeler Les Temps qui changent, le titre d'un des précédents films. Aujourd'hui, la démarche est encore plus frontale. La Fille du RER est directement inspiré d'un fait divers frappant de 2004.

C'est un croquis de la France de ce début de siècle, où les jeunes végètent chez leurs parents, faute de trouver du travail. Jeanne est un peu « vieille » pour passer ses après-midi à faire du roller, et ce léger décalage en dit long. Au moins le désœuvrement lui permet-il de rencontrer Franck , un beau mec qui entend devenir lutteur professionnel. Badinages, échanges troublants à distance via la webcam, ce mode de communication amoureuse est filmé avec une intensité saisissante et inédite par le sexagénaire Téchiné. Mais le garçon par qui le désir arrive incarne aussi un certain fatalisme social, une impasse de classe, un malaise d'époque, une violence en suspens.

La Fille du RER est un film coupé en deux. Il y a l'avant et l'après du mensonge de Jeanne. Deux mouvements reliés par un personnage d'avocat médiatique joué par Michel Blanc. Autrefois soupirant malheureux de la mère, il est en position d'embaucher ou non la fille. Et c'est à lui que Jeanne « emprunte » sa judéité quand elle fait croire à son agression dans le RER. Le scénario ne déroule pourtant aucune chaîne causale pour expliquer la mystification, ni ne pointe de culpabilité. Il suggère des hypothèses, des circonstances, des dispositions, pas davantage. Ce qui est sûr, c'est la démesure de l'emballement provoqué par ce mensonge érigé partout en vérité, malgré l'absence de preuves.

Un délit sans mobile ou presque (« J'ai fait ça pour qu'on m'aime », balbutiera Jeanne), et aux conséquences absurdes, alimenter l'antisémitisme par exemple. Des mots, des faits ou des identités qui ne coïncident pas. Une crise du sens et du lien. Voilà de quoi le film rend compte, selon une esthétique de la brisure, du heurt, entre les riches et les autres, entre les jeunes et les vieux, entre les juifs et les goys, entre les juifs orthodoxes et les juifs athées.

La Fille du RER se résigne à renvoyer chacun à sa solitude, à peine pavée d'espoir pour les plus jeunes. Une scène sublime, inutile pour l'intrigue, montre une Deneuve qui se cache de Michel Blanc, à quelques mètres du lieu fixé pour leurs retrouvailles, trente ans après. Le rendez-vous n'aura pas lieu, chacun rentrera chez soi.

Distribution Modifier

Fiche technique Modifier

  • Titre : La Fille du RER
  • Réalisation : André Téchiné
  • Musique : Philippe Sarde
  • Photographie : Julien Hirsch
  • Montage : Martine Giordano
  • Durée : 105 minutes
  • Date de sortie : 18 Mars 2009 (France)


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