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Le Gars des vents froids (からっ風野郎 Karakkaze yarô ) film japonais réalisé par Yasuzo Masumura, sorti en 1960.

AnalyseModifier

Un yakuza vient de passer trois années en prison pour avoir planter le chef d’un clan ennemi. À sa sortie, il doit affronter le retour à la réalité et la vengeance de son ancienne victime, qui vient d’engager un tueur à gages pour terminer le travail. L’homme se retrouve pris entre deux possibilités, quitter les yakuzas et fonder un foyer ou se battre et mourir comme un yakuza.

Dans un final époustouflant, il succombe à la loi du clan : échouant à s'évader avec sa compagne enceinte, il meurt en remontant l'escalier mécanique d'une gare.

Le monde des yakuzas peut faire rêver, appartenir à une "famille", gagner de l’argent, être soutenu par ses frères, se battre et défendre son honneur mais surtout se démarquer du monde normal et des impératifs de la vie de tous les jours. Comme si ce monde était un véritable univers indépendant du reste. Chez Masumura, tout cela n’existe plus, il remet en question ces idées pour les ramener à un niveau primitif délaissant ainsi l’honneur, le respect, la hiérarchie qu’il considère plus ou moins comme des illusions justifiant la complaisance des yakuzas dans leurs actes. Pour lui, il n’y a plus qu’une seule réalité concrète dans ce monde, tuer ou mourir. D’ailleurs c’est ce que l’on peut constater chez tous les clans montrés dans le film, il n’est pas question d’un quelconque honneur ou pas, mais de vengeance sommaire liée à l’appât du gain.

Dans la plupart des films, les yakuzas restent décrits comme une case à part au sein de cette société, de par leurs règles et comportements. Dans ce film Masumura met en lumière la contradiction inhérente à ce genre d’individus partagés entre la volonté de se démarquer des autres mais d’être dans le même temps animés par des sentiments primitifs, finalement tout à fait humains et banals, survivre à tout prix.

Pourtant ce n’est qu’une partie du regard exprimé par Masumura, la suite se révèle avec le personnage principal, Takeo interprété de façon ironique par le grand écrivain Yukio Mishima. Ce dernier vêtu d’une veste en cuir noir et affublé d'un petit singe mécanique joueur de cymbale n’a rien du yakuza idéalisé, il n’est craint par personne même par les femmes qu’il amuse plus qu’il ne les effraie. Dans son quartier, on le connait comme étant un trouillard incapable de passer à l’acte, pour preuve il ne réussira jamais à assumer la tâche confiée par son parrain, celle d’éliminer purement et simplement le chef ennemi, celui pour lequel il a passé trois années en prison.

Il ressort de Takeo l’image d’un enfant qui ne fait que de jouer avec son environnement et les individus sans être capable d’en mesurer les conséquences. La puérilité dont il se dégage de ce personnage va de pair avec les instincts primitifs du monde des yakuzas, ce ne sont pas à proprement parler des hommes, mais des bêtes irresponsables. D’ailleurs, à plusieurs reprises durant le film, des personnages viendront émettre des doutes sur l’humanité de ces individus, exprimant un certain mépris pour eux, voire même de la pitié. Cette face infantile de Takeo fait du jeune yakuza un homme qui n’est pas digne de confiance, ni pour son clan, ni pour ses proches. On dirait qu’il n’est pas capable de se comporter comme un adulte totalement conscient, par exemple pour aborder les femmes, il se jette littéralement dessus pour obtenir ce qu’il veut, pour parler avec sa nouvelle petite copine, il l’emmène dans un endroit extrêmement romantique, une fête foraine.

Pour la majorité des yakuzas, la femme n’est qu’un objet, un passe temps sympathique. C’est inutile de perdre son temps à s’apitoyer sur le sort d’une femme puisqu’elle ne symbolise tout simplement rien pour l’humble yakuza. Mais pour Takeo l'inverse se produit. Il rencontre une femme dont il tombe éperdument amoureux et il est accompagné par un copain d’enfance qui est prêt à se sacrifier pour lui. Comme si c’était dans la face du yakuza le moins décomplexé que tout ce qui est d’habitude rejeté devient possible.

Ce n’est pas un conte de fée, mais cet amour apporte de la douceur au film, cette fameuse part d’humanité tant refoulée depuis le début apparaît enfin, posant un dur dilemme pour l’homme yakuza. En effet, il a du mal à se soumettre ouvertement à ses sentiments, pensant toujours pouvoir contrôler ce qu’il possède, il va par exemple maltraiter sa femme enceinte avant de comprendre, trop tardivement, qu’il peut montrer sa tendresse.

Yasuzo Masumura pose la marque du fatalisme sur ces hommes qui jamais n’arriveront à se sortir de cette caste, dans l’impossibilité de retrouver une dose d’humanité, ils sont condamnés à tuer pour survivre. À ce fatalisme, il ajoute la contradiction permanente entre le désir et la réalité, provoquant quelques passages assez drôles comme le tueur du début qui pensant avoir liquidé la bonne personne se rend sans résistance aux autorités, puis quand il comprend son erreur essaye de s’échapper, belle image d’un homme larbin irresponsable. La peur de mourir domine tous ces hommes, mais reste un fardeau à assumer, même lorsque l’on désire changer de vie, passer du blouson noir à la veste blanche, ne suffit pas à effacer ses racines.

DistributionModifier

  • Yukio Mishima  : Takeo Asahina
  • Ayako Wakao  : Yoshie Koizumi
  • Keizo Kawasaki  : Shoichi Koizumi
  • Eiji Funakoshi  : Susumu Aikawa
  • Takashi Shimura  : Gohei Hirayama
  • Yoshie Mizutani  : Masako Katori
  • Michiko Ono  : Ayako Takatsu

Fiche techniqueModifier

  • Titre : Le Gars des vents froids
  • Titre original : からっ風野郎 ; Karakkaze yarô
  • Réalisation : Yasuzo Masumura
  • Scénario : Hideo Ando, Ryuzo Kikushima
  • Musique originale : Tetsuo Tsukahara
  • Production : Hiroaki Fujii
  • Photographie : Hiroshi Murai
  • Montage : Tatsuji Nakashizu
  • Pays d'origine : Japon
  • Durée : 96 minutes
  • Date de sortie : 23 mars 1960 (Japon)Modèle:Originewiki
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