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Le Mariage de Tuya film chinois de Wang Quan'an, sorti en Chine en 2006. Il a reçu l'Ours d'or au Festival de Berlin (57e Berlinale) en février 2007 et est sorti en France le 19 septembre 2007.

SynopsisModifier

Au cœur de la Mongolie chinoise, creusant un puits près de sa yourte pour éviter le long déplacement que nécessite le seul point d'eau existant à des kilomètres à la ronde, Bater, le père de famille, subit un accident qui le laisse estropié et désormais incapable de mener à bien sa charge de travail. Tuya, sa jeune femme, doit donc faire face seule aux tâches épuisantes qui permettent à la famille, composée de deux enfants en bas âge, de se nourrir.

Tuya se bat continuellement. Fichu en laine, emmitouflée sous trois couches, elle mène en chameau son troupeau de moutons. Pour son mari invalide et ses deux enfants à charge, elle endure sans se plaindre, affrontant tous les temps. Le soir venu, dans la yourte, elle tombe de fatigue au milieu des siens. Tuya a du caractère, du courage, de la volonté. Mais elle souffre de maux de dos. Il va lui falloir choisir : soit continuer à trimer au risque d'y passer, soit changer de situation.

Tuya, en accord avec son mari, décide de divorcer pour trouver un autre homme qui l'aide dans sa tâche. Alors qu’elle est le soutien de sa famille, elle se met à chercher un nouvel époux, qui acceptera avec elle ses enfants et son premier mari, paralysé.. Ce tour inattendu fait glisser la chronique vers une forme de comédie douce-amère, où les scènes d'émotion alternent avec des passages franchement amusants.

Les prétendants ne manquent pas, deux d'entre eux se détachent cependant. Il y a Sen'ge, un gars du coin généreux et blagueur, malheureux en amour et qui courtise Tuya depuis un moment. Mais le plus sérieux est un homme aux lunettes noires qui a fait fortune en ville et qui propose de placer le mari de Tuya dans un hospice.

CritiqueModifier

Wang Quan'an est un cinéaste chinois, d'origine mongole par sa mère. Touché par la sédentarisation forcée de ce peuple, il lui rend hommage à travers cette fiction sensible, fertile en contemplation de paysages comme en épisodes mouvementés - le voyage vers la ville, le forage d'un puits, la perspective d'un ménage à trois. L'actrice confirmée et les non-professionnels forment un mariage des plus heureux. Même si l'Ours d'or décerné à Berlin est peut-être un peu hors de proportion, ce film séduit comme une vision inspirée venue du bout du monde.

Le film a été tourné en Mongolie intérieure, une région froide et désertique située au nord de la Chine, et qui représente 12% de la superficie totale du pays. Soit à peu près l'équivalent de la France et de l'Espagne réunies. Parmi les 49 nationalités occupant ce territoire, les Mongols constituent la plus large ethnie vivant en Mongolie intérieure. Ils vivent en nomades et d'une économie pastorale depuis des siècles. Comme leurs ancêtres, ils vivent dans des huttes faites de bois léger et arrondies; qui leur permettent de résister aux vents violents et qui sont plus facilement transportables. Région particulièrement riche en charbon, gaz naturel et minerais, la Mongolie intérieure est une cible de choix pour le gouvernement chinois qui souhaite la mettre en valeur; au détriment des populations locales et de leur mode de vie traditionnel. Wang Quan’an ne fait pas dans le sentimentalisme à propos des traditions qui se perdent, il se contente de dépeindre les faits, et l’inexorable évolution de notre société qui semble ne pas vouloir se souvenir plus que nécessaire d’où elle vient.

Le personnage de Bater, le mari berger de Tuya, est un acteur non professionnel. Triste ironie du sort, à la fin du tournage, le gouvernement chinois lui a imposé ainsi qu'à sa famille de quitter sa terre afin d'en exploiter le sol et le sous-sol.

Le défilé des prétendants, la cour assidue de Senge, les réactions, souvent imprévisibles, de Tuya offrent à Quan An Wang la possibilité de dresser un portrait de la Chine actuelle vue de sa partie mongole. Région très rurale, où la ressource principale reste l’élevage, la vie est dure et la modernité lointaine et dangereuse (mines et explosifs), mais de plus en plus présente. Méprisée, opprimée par le pouvoir, la minorité mongole tente de résister aux tentatives d’uniformisation qu’on lui inflige. Son mode de vie traditionnel est dangereusement menacé par la modernisation, l’urbanisation, le matérialisme galopant du pays. Bater, sédentarisé, sombre dans l'alcoolisme et dépérit. Tuya tente de sauvegarder son mode vie. Combat rude, pénible, ici gagné aux forceps, mais pour combien de temps ? C’est la question qu’on se pose au terme de cette œuvre plastiquement splendide, qui fait la part belle à des personnages solides, aux sentiments profonds et partants, profondément attachants. Ses interprètes, la star montante Nan Yu, entourée de non professionnels très convaincants, lui insufflent une grande émotion.

DéclarationsModifier

Wang Quan'an déclare : "ma mère est née en Mongolie intérieure, tout près de là où nous avons tourné le film. C'est pourquoi j'aime tellement les Mongols, leur vie et leur musique. Lorsque j'ai entendu que de violentes expansions industrielles avaient encore plus asséché le pâturage et que les administrateurs locaux forçaient les bergers à quitter leurs terres natales, j'ai décidé de faire un film qui laisserait une trace de leur mode de vie, avant que tout cela ne disparaisse pour toujours." Et d'ajouter : "priver les Mongols de leur vie de berger signifie la disparition imminente de la culture mongole. Je le déplore. L'endroit où s'est déroulé le tournage connaît actuellement cette mutation."

Pour les autres personnages de votre film, vous avez engagé des comédiens non professionnels. Pourquoi ce choix ?
L'objectif de tous mes films est de montrer la vraie vie des gens. Pour rendre encore plus réalistes les situations, il me semblait important d'engager des vrais personnages et non des acteurs professionnels. Pour que leur performance sonne juste et soit à la hauteur du jeu de YU Nan, j'ai bien sûr dû faire un gros travail de direction d'acteurs avec eux. Mais, cela tombe bien, car j'aime bien ce travail et je crois même être assez doué pour y parvenir...

Le mariage de Tuya a été récompensé par l'Ours d'or au Festival du film de Berlin en 2007. Une récompense qui vient légitimer selon le réalisateur sa démarche artistique et le conforte dans ses choix. Il explique :
"ce prix me conforte dans l'orientation et le choix que j'ai fait pour mes films. Il m'encourage à tourner davantage. Bien que j'ai déjà des propositions très bien financées et que je jouisse de conditions de tournage meilleures que celles de beaucoup de jeunes réalisateurs chinois, je tiens à conserver mon orientation. C'est-à-dire, parler des conditions réelles de la vie. Je consacrerai tous mes efforts à décrire l'existence des chinois à travers le cinéma. Ceci pour deux raisons. Tout d'abord, ce sujet m'intéresse et j'en ai la possibilité. Ensuite, dans le cinéma chinois qui est excessivement axé sur le matérialisme, ce genre de film est trop rare".

A Berlin, le cinéaste avait expliqué avoir "voulu mettre un peu du mode de vie mongol sous du papier cellophane, pour l'avenir", car celui-ci est "sacrifié au nom de la croissance économique".

Dans votre film, le contraste entre le monde des bergers dans leur yourte et celui des citadins conduisant des Mercedes est frappant. Êtes-vous nostalgique de la Mongolie telle que votre mère a pu la connaître ?
La Chine, en courant éperdument après une société matérialiste, perd quelque chose de plus fondamental : une partie de son âme et de son identité. De même, le développement agressif de l'industrie a causé une très importante pollution en Chine. Dans le film, le développement sauvage de l'industrie désertifie les plaines mongoles. On peut dire que ce peuple a perdu son patrimoine culturel en aspirant à une vie plus aisée.

L'Ours d'Or que vous avez obtenu au Festival de Berlin va- t-il changer vos conditions de travail pour vos prochains films ?
Ce prix me conforte dans l'orientation et le choix que j'ai fait pour mes films. Il m'encourage à tourner davantage. Bien que j'aie déjà des propositions très bien financées et que je jouisse de conditions de tournage meilleures que celles de beaucoup de jeunes réalisateurs chinois, je tiens à conserver mon orientation. C'est-à-dire, parler des conditions réelles de la vie. Je consacrerai tous mes efforts à décrire l'existence des chinois à travers le cinéma. Ceci pour deux raisons. Tout d'abord, ce sujet m'intéresse et j'en ai la possibilité. Ensuite, dans le cinéma chinois qui est excessivement axé sur le matérialisme, ce genre de films est trop rare.

DistributionModifier

  • Tous les autres acteurs sont non-professionnels et ont gardé leurs noms
  • Bater : Bater
  • Sen'ge : Sen'ge
  • Zhaya : Zhaya

Fiche technique Modifier

  • Titre : Le Mariage de Tuya
  • Titre original : Tu ya de hunshi (图雅的婚事)
  • Titre anglais : Tuya's Marriage
  • Réalisation : Wang Quan'an
  • Scénario : Lu Wei, Wang Quan'an
  • Photo : Lutz Reitemeier
  • Musique origninale: Jiang Peng
  • Pays d'origine : Chine
  • Durée : 92 minutes
  • Dates de sortie :
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