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Les Duellistes (The Duellists) est un film britannique de Ridley Scott, sorti en 1977. Le scénario est tiré de la nouvelle Le Duel de Joseph Conrad, parue en 1908.

Analyse critique Modifier

Le film commence en 1800, à Strasbourg, le lieutenant de l'armée napoléonienne Gabriel Féraud se bat en duel contre le neveu de maire de la ville, qu'il blesse grièvement. Un autre lieutenant, Armand d'Hubert, est chargé par son supérieur de le mettre aux arrêts. Ce dernier signifie son arrestation à Féraud alors qu’il se trouve au domicile de Madame de Lionne, l’une de ses amies. L'interpellation, pourtant courtoise, est mal ressentie par Féraud qui, pour des raisons peu claires, conçoit aussitôt une vive animosité à l’encontre de d’Hubert qu’il provoque, sur le champ, en un duel dont il sort blessé.

Cette première rencontre conflictuelle sera suivie de plusieurs autres, toujours plus violentes, qui se terminent par autant de combats acharnés. Chacun est blessé à tour de rôle, plus ou moins grièvement. Mais Féraud, animé par une véritable rage meurtrière, ne cesse de poursuivre d’Hubert de sa vindicte lors de leurs rencontres successives.

Une accalmie entre les deux protagonistes semble pourtant possible en 1812, lors de la campagne de Russie, au cours de laquelle ils affrontent ensemble les Cosaques. D’Hubert imagine même une possible entente avec Féraud.

Après Waterloo et l’abdication de Napoléon en 1815, d’Hubert, devenu royaliste, est général, marié à une riche héritière. Il apprend que Féraud, qui n’a pas renié ses convictions bonapartistes, se trouve en prison. Il fait jouer ses relations auprès de Fouché, le chef de la Police, pour le faire libérer, mais n’obtient, en guise de remerciement, qu’une nouvelle provocation en duel. Cette ultime confrontation, au pistolet, tourne à l’avantage de d’Hubert qui épargne Féraud alors qu’il pouvait lui ôter la vie. Ce dernier connaît ainsi la pire des humiliations : le déshonneur de devoir la vie à son ennemi

Adapté d’une nouvelle de Joseph Conrad, fondé sur des faits historiques, la Grande Armée a bien eu deux officiers qui avaient convenu de se battre en duel chaque fois qu'ils se rencontreraient dont l'un était le général François Fournier-Sarlovèze, ce film propose un scénario profondément original. Il met en relief une véritable obsession : le désir qu’a Féraud, mû par un sens de l’honneur exacerbé ou une haine de classe atavique, de tuer D’Hubert en dépit des efforts de ce dernier pour mettre fin à un conflit qu’il ne comprend pas et qu’il juge fréquemment « absurde ». Les duels récurrents qui rythment le film ne cessent de gagner en sauvagerie : le premier, à l’épée, se déroule selon les règles de la courtoisie ; le second, au sabre puis à mains nues, révèle, au contraire toute la sauvagerie dont l’homme est capable ; le troisième, à cheval, exprime le désir de tuer. Quant au dernier, au pistolet, il signifie la fin de la confrontation par la mort annoncée de l’un des deux protagonistes.

Au fond, si Féraud et d’Hubert se battent , c'est parce que tout deux se ressemblent, fonctionnent encore sur les instincts qui animaient les hommes des cavernes. Et ce qui vaut pour leurs duels le vaut aussi pour la guerre, pour cette interminable suite de batailles dans laquelle Napoléon les a embarqués. Certes, il y a bien une différence de comportement entre les deux hommes, le premier, en bon primitif fasciné par la force qu‘il est, s’y est engagé de gré et le second n'y est allé que contrarié dans ses aspirations. Mais cet écart ne nous amène t’il pas à conclure que tant qu’il y aura des hommes, il y aura la guerre, d’Hubert, l’ayant faite, possédant, au fond de lui, l’indéfectible pulsion animale qui en est l’une des conditions sine qua non?. Bien sûr que oui!, car au magnifique message d’espoir en l’humanité qui viendra éclairer l’une des toutes dernières scènes du film, Armand d’Hubert disant alors à un Féraud vaincu mais sauf : « Depuis 15 ans vous m’avez fait subir votre loi, plus jamais je ne me plierai à vos exigences. Selon les règles du combat singulier, de ce moment votre vie m’appartient, je vous considèrerai simplement comme mort. Dans tous vos rapports avec moi, vous me ferez la grâce de vous comporter comme un homme mort. Je me suis soumis depuis assez longtemps à votre notion de l’honneur, maintenant vous vous soumettrez à la mienne… »

Les deux raisons originelles du conflit entre les deux hommes, ci-dessus évoquées (lors de sa mise aux arrêts, Féraud se retrouve doublement humilié : d'une part, parce qu'elle intervient devant Madame de Lionne dans le Salon de laquelle il est invité, et, d'autre part, sans doute, parce que D'Hubert est noble alors qu'il n'est lui-même que roturier), ne peuvent suffire à expliquer un sens de l’honneur pareillement développé. De même que le Barry Lindon (1975) de Stanley Kubrick, auquel le film de Ridley Scott fait irrésistiblement penser, montrait la vanité de toute destinée, on peut se demander si Les Duellistes ne met pas en exergue l’ennui et la vacuité de la vie humaine et la volonté acharnée de lui donner un sens et un prix (fussent-ils les plus absurdes !), dans le défi permanent lancé à la mort, renforcé par la haine envers qui touche à l'honneur.

Le plan final, énigmatique, montre un Féraud de dos (qui évoque Napoléon avec son célèbre bicorne) dominant une rivière sinuant dans un magnifique paysage. Faut-il y voir un rapprochement avec le destin de Napoléon, lui aussi humilié et défait ? Ne symbolise-t-il pas, plus généralement, l’échec de toute existence fondée sur des projets qui n’aboutissent jamais ? Cette silhouette immobile finale ne représente-t-elle pas cette ultime méditation apaisée (sérénité du paysage montrée) sur la vie ?

La photographie, le rythme, le narrateur ponctuel qui amorce certaines séquences, rappellent le Barry Lyndon (1975) de Stanley Kubrick. Ridley Scott dira lui-même :

« Ce film s'inspire beaucoup de Barry Lyndon. Mais qui n'aurait-il pas été influencé ? […] J'admirais beaucoup Barry Lyndon. Ce film m'a réellement influencé. Cela vient du fait que avons les mêmes références (sources) : celles de Kubrick sont les peintres, par conséquent ce sont devenues aussi les miennes. »

On ne peut passer sous silence l’incroyable beauté visuelle de ce film. Il nous offre, d’abord, une immersion juste et vraie dans une période oubliée qui se met à revivre quasi charnellement. L’époque est, en effet, reconstituée avec une extrême précision et un tel réalisme ne se voit que très exceptionnellement : chaque plan est l’occasion d’une nouvelle surprise ! Mais cette reconstitution est photographiée, d’autre part, avec un tel souci esthétique, avec une telle méticulosité que chaque image, soigneusement composée, se présente comme un véritable tableau de maître : agencement des éléments, harmonie des couleurs, jeu des contrastes, tout est somptueusement agencé et mis en valeur. Ce premier film de Ridley Scott obtint le Prix de la Première œuvre lors de sa présentation au Festival de Cannes en 1977.

Distribution Modifier

Fiche technique Modifier

Festival de Cannes 1977 : Prix de la première œuvre
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