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Les Plages d'Agnès est un film français réalisé par Agnès Varda et sorti en 2008.

Analyse critiqueModifier

Si on ouvrait les gens, on trouverait des paysages. Moi, si on m’ouvrait, on trouverait des plages. (Agnès Varda).

Autoportrait de la plus célèbre photographe-réalisatrice-féministe. Agnès Varda remonte le fleuve du temps en barque à voile (et se revoit en adolescente), refait (à reculons au sens propre comme au figuré) le parcours de ses « 80 balais et balayettes » offerts par son voisinage lors de son anniversaire en mai 2008 (ustensiles en crin et autres matières, d’une diversité équivalant à celle de ses œuvres).

La cinéaste, qui aime bien consigner, ranger ses souvenirs dans des cahiers et amasser des tas de photos, répertorie les faits marquants de sa vie (privée et artistique) qui seraient comme autant d'images reflétées par des miroirs dispersés sur la plage de Sète.

Avoir été conçue à Arles lui valut d’être baptisée « Arlette », prénom qu’elle a officiellement remplacé par celui d’Agnès (elle dit un jour « pourquoi pas Paulette si j’avais été conçue à Pau… »).

Elle redécouvre sa maison natale d’Ixelles et réinvente la maison-bateau familiale sétoise. Elle revisite les plages des Flandres (Knokke-le-Zoute), de l’Hérault, de Vendée (Île de Noirmoutier), de Californie (Los Angeles), celles de son enfance belge (plage de La Panne) et sétoise (plage de la Corniche) puis celles où elle tourna les extérieurs de quelques-uns de ses films. Agnès habite depuis le début des années 1950 la même maison de la rue Daguerre située dans un quartier populaire parisien. Elle va jusqu’à concurrencer la Mairie de Paris en installant une « Daguerre-Plage » dans sa rue, histoire de nous montrer le bouillonnement du staff de ses Productions Ciné-Tamaris situées à proximité.

Parmi les joies nombreuses que réserve cette autobiographie, la plus immédiate tient à l'idéal qu' incarne Varda, d'une vieillesse sans vieillesse. Qui contraste évidemment avec la femme de 80 ans qu'elle s'imaginait jadis devenir et qu'elle montre aussi. De retour sur des lieux de son enfance, elle retrouve ses contemporains, des gens de son âge qui perdent la mémoire. Elle, elle semble se rappeler tout, et plus encore.

Varda refuse la réminiscence mystique, les retrouvailles sublimes avec hier. Si elle reconstitue une scène de plage d'antan, jusqu'aux jolis maillots de bain des fillettes, elle constate que cela ne l'émeut pas : « Ce n'est qu'un jeu. » A Ixelles, dans la maison où elle a vécu enfant et où elle n'était jamais retournée depuis, elle s'intéresse davantage aux habitants actuels, un fanatique de trains et son épouse, qu'aux fantômes du passé. Même à l'heure de l'inventaire, le présent reste une fête, un cabinet de curiosités.

Symétriquement, l'impressionnante quantité d'archives est convertie, recyclée en une installation joyeuse, un carrousel étourdissant, à coups de mises en abyme (images dans l'image, tournages dans le tournage), de trouvailles d'animation, de vivants tableaux surréalistes.

Cette rétrospective filmographique et photographique est émaillée d’une foule de rencontres :

  • rencontres amicales avec de simples pêcheurs sétois (des anciens de La Pointe Courte) et des confrères cinéastes indépendants californiens,
  • rencontres initiatiques, coups de cœur artistiques avec quelques icônes du théâtre, du cinéma, de la chanson : Jean Vilar (sa famille et le TNP), Gérard Philipe (« un Prince de Hombourg en Avignon »), Jean-Luc Godard (auquel elle réussit à faire ôter ses éternelles lunettes noires « pour qu’on voit enfin ses beaux yeux »), Delphine Seyrig, Jim Morrison,
  • rencontres politiques et militantisme : Fidel Castro, la Chine, les Black Panthers, la Génération Hippie, Manifeste des 343 salopes,

Avec, entre autres, des extraits, de :

Varda se montre à plusieurs reprises marchant à l'envers pour signifier qu'elle va vers son passé. Mais c'est l'exercice même de l'autobiographie qu'elle aborde à reculons. Pour elle qui s'est passionnée toute sa vie pour les êtres et les choses qui l'entouraient, où qu'elle se trouvât, en Chine, à Los Angeles, à Cuba, ou rue Daguerre, à Paris, il ne va pas de soi de passer du statut de regardante à celui de regardée, et qui regarde la caméra. D'où un léger trac charmant, qui parfois creuse des gouffres dans sa voix.

Au regard de cette abondance, et du faste de certaines séquences « contemporaines », la fermeté du montage sidère : Varda reste impérieuse dans son tempo et la conduite de son récit. Elle ne s'appesantit sur rien, ni sur le voilier affrété par elle sur la Seine à Paris, ni sur la baleine géante dans le ventre de laquelle elle se prélasse en repensant aux cours de Gaston Bachelard sur le Livre de Jonas, autrefois à la Sorbonne.

Et comme si seule cette extrême élaboration formelle autorisait la confidence, Varda évoque sa vie avec Jacques Demy, plages de solitude comprises. Elle prononce pour la première fois le mot « sida » à propos du cinéaste, « le plus chéri des morts ». Elle pleure Jean Vilar, qui a fait d'elle la première photographe du festival d'Avignon, et Delphine Seyrig, la fée de Demy, sa camarade en féminisme. Mère et grand-mère comblée mais pas aveuglée, elle ose aussi une remarquable déclaration d'indépendance en se demandant, à propos des siens, si elle les connaît ou les comprend. Et se dit finalement à sa place dans une cabane confectionnée, pour une exposition, à base de la pellicule récupérée d'un de ses vieux films.

DistributionModifier

Fiche techniqueModifier

  • Titre original : Les Plages d'Agnès
  • Réalisation : Agnès Varda
  • Scénario : Agnès Varda
  • Musique : Joanna Bruzdowicz, Stéphane Vilar, Paul Cornet
  • Images : Agnès Varda, Hélène Louvart, Alain Sakot, Arlene Nelson, Julia Fabry, Jean-Baptiste Morin
  • Montage : Agnès Varda, Baptiste Filloux, Jean-Baptiste Morin
  • Pays d’origine : France
  • Langues de tournage : anglais, français
  • Productrice : Agnès Varda
  • Sociétés de production : Ciné Tamaris, Arte France Cinéma
  • Durée : 110 minutes
  • Dates de sortie :


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