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Les Sentiers de la perdition (Road to Perdition), sorti en 2002, film américain de Sam Mendes.

Analyse critiqueModifier

Le film commence à Chicago en 1931, en pleine Prohibition. Michael Sullivan est un tueur professionnel au service du chef de la pègre irlandaise, John Rooney, qu’il considère comme son père spirituel, tandis que ce dernier lui témoigne estime et affection. Suite à un conflit interne à la pègre, Michael se retrouve contraint, pour protéger son propre fils, de s’opposer à son patron. Dès lors, son existence se trouve bouleversée. Rompant avec son entourage, il n’a plus qu’une obsession : mettre son fils en sécurité et lui proposer une vie différente de la sienne

Au début du film, sur les images d’une plage au bord de l’océan, une voix « off » d’enfant évoque son père. Cette séquence d’ouverture se retrouve, deux heures de film plus tard, pour clore le retour en arrière au cours duquel Sam Mendès a raconté l’histoire de ce père et de cet enfant. Entre-temps, le récit s’ouvre sur l’image de l’enfant remontant, à contre-courant, une foule d’hommes qui sortent de l’usine, en une scène symbolique du retour vers un passé mort, que signifie aussi la couleur sombre de la séquence. Puis se dessine le tableau idyllique et figé – en apparences - d’un univers quasi familial et hiérarchisé qui se trouve bouleversé par les agissements de Connor, le propre fils de Rooney dans la mesure où il entend prendre la place de son père.

Les apparences volent alors en éclats et le film bascule dans la tragédie. Une tragédie qui est, d’abord, celle d’un homme, Michael Sullivan, qui menait jusque-là une double vie et se voit, suite à un enchaînement fatal de circonstances, plongé dans le malheur et contraint, tout à la fois, de s’opposer à ce qui était son milieu affectif et professionnel, de venger sa famille et de protéger son fils et lui-même d’une élimination préventive. Le mot de tragédie est le plus approprié puisque, en simplifiant, un homme doit tuer son père spirituel pour sauver son fils, ce qui évoque Sophocle, tandis qu’un père doit couvrir les agissements du sien qui entend le destituer, ce qui évoque Shakespeare.

On assiste alors à un double mouvement parallèle mais inverse : d’une part, à une descente aux enfers (se venger signifie pour M. Sullivan se retrouver seul contre la pègre) mais aussi à une ascension vers une rédemption spirituelle (assurer la survie de son fils est une façon de se racheter de son passé de criminel et de mauvais père). Mais c’est visuellement - et c’est l’un des atouts du film - que Sam Mendès traduit ce double mouvement : il nous montre un M. Sullivan très entouré à l’écran au début du film (relations nombreuses, amis précieux, réunions chaleureuses et famille refuge) pour, progressivement, l’installer dans une solitude désespérée, en charge d’un enfant qui représente une entrave face à un univers hostile et menaçant alors qu’il est pourchassé par un tueur psychopathe lancé à ses trousses.

De même, le chemin du rachat se lit à travers les transformations successives d’un décor et d’une lumière très symboliques : la neige glaciale du début du film fond peu à peu ; lui succède une pluie dense, diluvienne, oppressante ; avant que la lumière de l’océan n’envahisse l’image à la fin du film. De la neige au soleil de la mer, de l’ombre à la lumière, ces sentiers-là mènent au salut. Mais un salut qui exige son tribut : le châtiment est souvent le prix à payer pour pouvoir se racheter… On ne peut manquer de souligner la qualité d’une photographie proprement superbe qui, souvent, organise une profondeur de champ visant à exprimer le refus des apparences, c’est-à-dire le premier plan, et la sensation que le héros et son fils sortent littéralement d’un passé trouble qu’ils rejettent pour s’avancer vers la lumière de la réconciliation avec eux-mêmes.

Trois séquences du film sont essentielles
D’abord, la scène du premier meurtre, « partiellement » ( façon de signifier qu’un enfant ne peut comprendre qu’une « partie » des choses ) entrevue par les yeux horrifiés de l’enfant caché, puis découvert et devenu victime obligée offerte au bourreau comme un agneau apeuré sous la pluie ruisselante.
Ensuite, la scène de l’exécution des membres de la pègre orchestrée en un tableau nocturne saisissant. Filmé au ralenti comme un ballet muet, presque immobile, sous une pluie battante mais silencieuse, souligné par une discrète musique, la scène est magnifiée par une photographie splendide qui dessine, dans un savant clair-obscur, la plus impitoyable des séquences.
Enfin, le châtiment final, visuellement annoncée par une photo surexposée, met en lumière l’accomplissement du héros sacrifié au moment même où il connait la rédemption.

Sam Mendès s’interroge ainsi, comme dans American Beauty, sur le rôle social des apparences et, en contrepartie, sur notre besoin profond de vérité et d’accord avec nous-même, à travers des personnages nuancés et complexes qui sont, tour à tour, dans l’ombre et la lumière, comme l’illustre la photographie toute en contraste du film. Il signe un film certes très construit mais profondément émouvant, voire poignant qui impose le respect.

Source (sous GFDL) : Wikia

DistributionModifier

Fiche techniqueModifier

  • Titre original : Road to perdition
  • Réalisation : Sam Mendes
  • Scénario : David Self , d’après l’œuvre de Max Allan Collins
  • Directeur de la photographie : Conrad Hall
  • Musique : Thomas Newman
  • Production : Twentieth Century Fox / DreamWorks SKG / The Zanuck Company
  • Distribution : UFD
  • Durée : 125 minutes
  • Année : 12 juillet 2002 (USA) ; 11 septembre 2002 (France)

Modèle:Imdb film

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