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Les Tricheurs film français réalisé par Marcel Carné et sorti en 1958.

Analyse critiqueModifier

Un jeune étudiant, Robert (Bob) Letellier, âgé d’une vingtaine d’années, lie connaissance avec un inconnu, Alain, qu’il a surpris chez un disquaire au moment où il dérobait un microsillon. Fils d’un industriel, élevé de façon bourgeoise, Bob se laisse éblouir par l’anti­conformisme agressif de ce garçon, étudiant lui aussi, qui n’a volé ce 45 tours qu’afin d’accomplir un « acte gratuit ». Le jeune homme accompagne Alain au Café Bonaparte, à Saint-Germain-des-Prés, où les amis de ce dernier ont établi leur quartier général. Une fille appartenant à la bande, Clotilde (Clo), invite Bob à la « surboum » qu’elle organise le soir même dans l’appartement de ses parents.

Séduit par cette aventure et désireux surtout de retrouver son nouveau compagnon, Bob se rend à cette invitation. Clo se donne à lui au cours de la nuit, et le jeune homme découvre avec ivresse l’univers de ces garçons et de ces filles qui s’abandonnent avec frénésie à une vision négative de la vie. Durant la même nuit, Bob fait la connaissance d’une autre jeune fille, Michèle, qui produit sur lui une profonde impression. Sensible aussi à cette rencontre, celle-ci lui téléphone dès le lendemain pour qu’il vienne la rejoindre dans la chambre qu’elle sous-loue dans le quartier du Luxembourg.

Les jeunes gens éprouvent l’un pour l’autre un amour véritable. Cependant, prisonniers de leurs personnages, de la comédie qu’ils se jouent à eux-mêmes comme aux autres, refusant de trahir leurs convictions et d’admettre que leur désespoir peut être vain, ils préfèrent feindre le détachement, l’indifférence même, et se font inutilement mal. Leur désaccord s’aggrave quand le destin les place en face d’un problème dont Bob mesure la gravité alors que Michèle n’y voit qu’un risque excitant : gagner six cent trente mille francs (la somme qui permettrait à la jeune fille de payer son loyer et d’acquérir la voiture de ses rêves) en se livrant à la place d’un autre à des manœuvres de chantage. S’imaginant que Bob n’a pas l’audace d’accomplir cette entreprise, alors qu’il a, en réalité, décidé d’agir seul, Michèle devient par dépit la maîtresse d’Alain. C’est seulement en comprenant son erreur, lorsqu’il la rejoint dans l’atelier même d’Alain pour lui apporter l’argent, qu’elle mesure l’étendue de son amour pour Bob. Mais il est trop tard, et elle ne peut retenir le jeune homme qui la quitte en lui abandonnant les six cent trente mille francs.

Tout deux se retrouvent à l’occasion d’une nouvelle sur­boum donnée par Clo. L’orgueil, et comme auparavant leur culte du désespoir, les incitent à se mentir de nouveau, à simuler toujours l’indifférence. Incapable de supporter jusqu’au bout cette épreuve, Michèle s’enfuit cependant. Bob cherchera en vain à rejoindre la jeune fille, partie au volant de sa voiture, et assistera, impuissant, à sa mort, après un effroyable accident, présentant toutes les apparences d'un suicide.

Marcel Carné peint une certaine jeunesse, agitée, désordonnée, avide de plaisirs, de rythmes obsédants, qui veut l’argent sans travail, le luxe sans effort. Et le vieux thème du Diable a été adapté à la vie du Paris quotidien : dans l’ambiance explosive de Saint-Germain-des-Prés les adolescents découvrent la tentation et succombent aux plus funestes mirages.

L’histoire de quelques jeunes gens et jeunes filles égarés, tricheurs devant le travail, tricheurs devant l’amour est aussi la condamnation de certains parents légers et indulgents, et par conséquent responsables des fautes de leurs enfants.

Le thème du film réclamait de jeunes, très jeunes acteurs, pour la vérité des personnages et de l’action située dans les milieux estudiantins de Saint-Germain-des-Prés. Marcel Carné a voulu ainsi montrer de nouveaux visages, en les choisissant parmi des dizaines de jeunes comédiens recrutés dans des cours d’art dramatique, ou cueillis sur les scènes d’avant-garde. Ces nouveaux talents qui ont la sincérité de leur foi et le charme de leur jeunesse s’appellent : Andréa Parisy, Pascale Petit, Jacques Charrier et Laurent Terzieff, ou encore dans des seconds rôles Jean-Paul Belmondo, Guy Bedos, Jacques Perrin.

Cette comédie de mœurs d'une bande d'étudiants Parisiens aisés de la fin des années 1950, entre rive gauche de Saint-Germain-des-Prés et rive droite du 16e arrondissement de Paris a été jugée scandaleuse à sa sortie. De nos jours, ce parfum de scandale a bien sûr disparu et, paradoxalement, le film est à la fois daté et intemporel. Ancré dans le Paris des années 50, où Saint-Germain-des-Prés est un personnage en soi, avec ses caves, ses bistrots, son jazz omniprésent, écho musical à l'existentialisme. Intemporel, car il y est question d'une jeunesse désabusée qui ne veut pas croire en son avenir et préfère le gâcher, méthodiquement. Pourquoi vivre, s'engager, quand on peut tricher ?

Sans Prévert et sa poésie, Marcel Carné opte pour le réalisme social, brut et un peu démonstratif quelquefois. Mais il réussit à percer le mal-être d'une génération qui préfigure à plus d'un titre les revendications de 1968. Liberté sexuelle, vitesse, alcool, musique, rejet des carcans comme le mariage, le travailou le civisme. Marcel Carné effleure même des thèmes choquants pour l'époque comme l'homosexualité ou l'avortement. Homosexuel lui-même, mais de manière non publique, Marcel Carné traite ce sujet dans le film de manière secondaire à travers les relations ambiguës entre Alain et Bob.

Dans son regard compatissant sur les amants maudits, il retrouve la force de ses grands films. « J'ai triché », hurle Jacques Charrier, après un cruel jeu de la vérité. Mais sur un solo de batterie impitoyable, le destin est déjà en marche. Bien des aspects de ce film sont en cohérence avec les tendances de la Nouvelle Vague, alors naissante, même si la carrière de Carné a beaucoup souffert des critiques, venant en particulier cette Nouvelle Vague. Mais cependant Marcel Carné et François Truffaut se vouaient une admiration sincère et réciproque, et ce film a du influencer Le_Beau_Serge de Claude Chabrol , Tous les garçons s'appellent Patrick, ou Charlotte et Véronique de Jean-Luc Godard.

Distribution Modifier

  • Jacques Charrier : Robert "Bob" Letellier
  • Pascale Petit : Michèle dite : Mic
  • Andréa Parisy : Clotilde de Vaudremont dite : Clo
  • Laurent Terzieff : Alain
  • Jean-Paul Belmondo : Lou
  • Dany Saval : Nicole
  • Denise Vernac : la mère de Mic
  • Roland Lesaffre : Roger, le frère de Mic
  • Roland Armontel : le chirurgien
  • Pierre Brice : Bernard
  • Jacques Marin : M. Félix
  • Gabrielle Fontan : La vieille dame au chien
  • Claire Olivier : l'amie de la dame au chien
  • Jacques Perrin : Un garçon de la bande à Clo, sur le scooter
  • Guy Bedos : un garçon de la bande

Fiche technique Modifier

  • Titre : Les Tricheurs
  • Réalisation : Marcel Carné
  • Scénario : Jacques Sigurd, d'après une idée de Charles Spaak et Marcel Carné
  • Adaptation et dialogues : Jacques Sigurd
  • Images : Claude Renoir
  • Musique additionnelle : Chet Baker, Ray Brown, Ray Conniff, Al Costellanos, Roy Eldridge, Herb Ellis, Fats Domino, Stan Getz, Dizzy Gillespie, Lionel Hampton, Coleman Hawkins, Gus Johnson, Gerry Mulligan, Oscar Peterson, Buddy Rich, Pete Rugolo, Maxim Saury et son New-Orléans Sound, Socbey's Band, Sonny Stitt, The Champs, Norman Granz jazz
  • Montage : Albert Jurgenson, assisté de C. Charbonneau
  • Production : Silver Films, Cinétel (France), Zebra Films (Italie)
  • Directeur de production : Louis Wipf
  • Format : Noir et blanc - Son monophonique - 35mm
  • Date de sortie : 10 octobre 1958 à Paris
  • Durée : 125 minutes


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