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Ma nuit chez Maud film français d'Éric Rohmer, sorti en 1969. Il constitue le troisième volet des Six contes moraux du réalisateur.

Analyse critiqueModifier

Le film se passe à Clermont-Ferrand, mais ce pourrait être ailleurs, quelques jours avant Noël. Jean-Louis, ingénieur, a trente-quatre ans et vit depuis deux mois à Clermont-Ferrand après dix ans passés en Amérique. Catholique, il rencontre, dans une église, peu de jours avant Noël, une jeune fille dont il aimerait faire la connaissance. Il la suit. Il la perd. "Ce jour là, le lundi 21 décembre, l'idée m'est venue, brusque, précise, définitive que Françoise serait ma femme" se dit-il alors qu'elle croise à nouveau son chemin.

Deux soirs plus tard, il retrouve Vidal, un ami d'enfance, chargé de cours en philosophie à la fac. Jean-Louis réprouve le rigorisme de Pascal. C'est Vidal, marxiste, qui défend le pari de Pascal voulant croire que l'histoire a un sens. Vidal invite Jean-Louis pour le lendemain où il projette de retrouver une amie. Jean-Louis accepte si Vidal l'accompagne auparavant à la messe de minuit. Ce soir là, Jean-Louis est déçu de ne pas croiser Françoise. De plus Maud, l'amie et maîtresse de Vidal, jeune femme médecin divorcée avec une enfant de huit ans, est souffrante.

Et c'est donc le lendemain, le soir de Noël, que Jean-Louis et Vidal se retrouvent chez Maud. Ils discutent philosophie et religion toute la soirée. Maud est athée, mais le côté catholique pratiquant de Jean-Louis l'intéresse. Comme il neige, Maud prétexte qu'il serait dangereux pour Jean-Louis de rentrer chez lui. Maud, qui laisse Vidal partir, propose à Jean-Louis de dormir dans la pièce voisine lorsqu'ils auront fini de discuter. Maud parle de sa vie, de son divorce avec son mari. Celui-ci avait une maîtresse blonde parmi ses étudiantes qui rompit avant leur séparation. Elle-même avait un amant qu'elle aima mais qui mourut dans un accident de voiture.

Jean-Louis découvre bientôt qu'il n'y a pas de chambre d'ami. Maud lui affirme vouloir simplement établir un contact un peu moins conventionnel alors qu'elle se sent un peu seule et lui repproche d'être un chrétien honteux, doublé d'un don Juan honteux. Mais Jean-Louis résiste. Il prétend d'abord dormir dans un fauteuil, puis tout habillé dans le lit de Maud. Au matin, ils échangent un baiser. Il s'éloigne brusquement, elle s'enfuit, il tente de la rattraper mais c'est elle qui se refuse. Ils se quittent amicalement. Maud tient à ce qu'il vienne l'après-midi pour une ballade en montagne.

Jean-Louis arrive avec un quart d'heure d'avance au rendez-vous et croise à nouveau Françoise par hasard pour la troisième fois. Cet fois, il l'aborde en lui indiquant bien que, s'il fait ainsi des entorses à ses principes, c'est que ça en vaut vraiment la peine. Il lui donne rendez-vous le lendemain dimanche à l'église.

L'après-midi dans la montagne avec Vidal et une de ses amies, Jean-Louis se montre tendre avec Maud, évoquant une amitié durable, un mariage possible. Le soir, à nouveau, il rencontre Françoise par hasard et la raccompagne chez elle. Elle a vingt-deux ans, est étudiante en biologie tout en travaillant dans un laboratoire. Le verglas contraint la voiture à l'immobilisation et Jean-Louis en profite pour courtiser Françoise. Le matin, en se rendant à l'église, il lui dit qu'il l'aime.

Jean-Louis revoit Maud. "Grâce à vous, j'ai fait un pas vers la sainteté" lui déclare-t-il alors qu'elle lui apprend qu'elle va quitter Clermond pour Toulouse où son ex-mari lui a trouvé un cabinet médical bien situé. Elle aussi aura contribué à son progrès moral. Un soir, Jean-Louis, accompagnée de Françoise, croise Vidal qui lui confirme que Maud, qu'il désigne par des périphrases a quitté Clermont-Ferrand. Leur "amie commune" lui reproche d'ailleurs qu'il le lui a pas fait signe avant son départ. Jean-Louis remarque que Françoise semble gênée par la présence de Vidal.

Françoise se montre un peu réticente au mariage. Elle a avoué à Jean-Louis qu'elle a aimé un homme marié. Jean-Louis lui déclare que cela les met sur un pied d'égalité, lui-même le matin même où il l'aborda ayant couché chez une femme.

Cinq ans plus tard, Jean-Louis, Françoise et leur enfant rencontrent Maud au bord de la mer. Il laisse Maud, une nouvelle fois mal mariée, partir et s'en retourne vers sa femme."Tu sais lorsque je l'ai rencontré c'est de chez elle que je sortais" lui dit-il puis, off, "J'allais dire, il ne s'est rien passé, quand tout à coup, je compris que la confusion de Françoise ne venait pas de ce qu'elle apprenait de moi mais de ce qu'elle devinait que j'apprenais d'elle et que je découvrais en fait en ce moment et seulement en ce moment, et je dis, tout au contraire un "oui, ce fut ma dernière escapade".

Jean-Louis, se rendant ainsi compte soudainement que Françoise a joué un rôle dans le divorce de Maud puisque c'est avec son ex-mari qu'elle a eu une liaison s'empresse donc de reconfirmer son mensonge passé. C'est ce qu'attendait Françoise qui lui répond "Je trouve ça plutot comique. De toute façon c'est loin, c'est très loin et puis on avait dit qu'on n'en parlait plus". "Oui c'est vrai, ça n'a absolument aucune importance" conclut Jean-Louis. Françoise, lui et leur enfant vont se baigner.

Ce quatrième film de la série « Contes moraux » (troisième dans l'ordre des contes écrits par Rohmer) tranche avec les marivaudages élaborés et agréables qui l'ont précédé ou suivi dans l'œuvre de Rohmer.

Ici, point de jeunes filles légères sous les rayons du soleil, mais un film en noir et blanc, profond sans être aride.

L'opposition entre un ingénieur catholique et une femme libre donne lieu à des dialogues longs mais passionnants sur la religion (y compris le pari de Pascal) et l'amour. Ces dialogues au sujet de Pascal que Jean-Louis entretient avec Vidal son camarade de lycée et Maud sont directement inspirés de l'entretien datant de 1965 entre Brice Parain et le Père dominicain Dominique Dubarle. Intéressantes considérations aussi sur les probabilités et le hasard des rencontres : celle d'abord de l'ami du personnage principal, puis bien entendu en filigrane celle de la femme de sa vie; une troisième rencontre, celle avec Maud quelques années plus tard, achève de structurer la construction.

C'est Vidal, le marxiste qui a fait de Pascal une maxime de vie. Il doute profondément que l'histoire ait un sens et, pourtant, il parie pour le sens de l'histoire. Ainsi, affirme-t-il : "Hypothèse "A" : toute action politique est dépourvue de sens. Hypothèse "B", l'action politique a un sens. Même si l'hypothèse B n'a que 10 % de chance d'être vraie, elle est la seule qui me permette de vivre.

Jean-Louis se dit au contraire très déçu par Pascal. Il dit le connaître par cœur, le considère comme assez vide car il ne lui apporte rien. Le pari de Pascal, qu'il connaît aussi bien que Vidal "même si la probabilité est faible, elle vaut d'être tenté lorsque le un gain est infini (le salut éternel, sens de la vie, acte historique décisif), il le résume à la banale formule de l'espérance mathématique : le produit du gain par la probabilité.

Comme chrétien, il s'insurge contre le rigorisme de Pascal : "Si le christianisme c'est ça, alors je suis athée". Et lorsque, deux jours après la discussion dans le café, Maud dira ne garder que des souvenirs scolaires du philosophe : le roseau pensant, le nez de Cléopâtre, les deux infinis, Jean-Louis développera pour elle son opposition à Pascal. Jean-Louis reproche au philosophe de nier les plaisirs de la vie. Malade, il suivait un régime et ne devait manger que de bonnes choses préparées par sa sœur Gilberte. Et celle-ci déplora que : "Jamais, il n'a dit : voilà qui est bon ". Ne pas reconnaître ce qui est bon, c'est un mal conclut Jean-Louis qui n'oublie pas lui, en parlant, de saluer la qualité du dîner, la qualité du vin.

L'intelligence du texte n'empêche ni la séduction ni l'émotion.

Les thèmes du hasard et de Pascal seront réutilisés par Rohmer dans son film Conte d'hiver en 1992.

Distribution Modifier

Fiche technique Modifier

DistinctionsModifier

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