FANDOM


Fichier:Ribes7.jpg

Musée haut, musée bas film français réalisé par Jean-Michel Ribes sortie 2008. Il est tiré de la pièce de théâtre du même auteur, Musée haut, musée bas (2004).

Analyse critiqueModifier

Le film montre un vaste échantillonage de personnages qui s'entrecroisent dans un musée imaginaire, encyclopédique, exhaustif, le musée de tous les musées. Lieu quasi unique, arpenté du sous-sol aux combles, où s'observent les mille et une manières, "beauf" ou pédante, émerveillée ou déroutée, de « vivre » l'art, que ce soit coté spectateurs, artistes ou employés du musée, directeur, gardiens ou manutentionnaires. Parmi eux, entre autres, une femme cherchant désespérément la salle Kandinsky, des provinciaux amoureux des Impressionnistes, un ministre venant assister à un vernissage qui se révèle être une exposition de sexes, ou bien encore divers touristes galopant d'une salle à l'autre, le tout sous l'oeil avisé du conservateur, terrorisé par les plantes vertes et la Nature en générale. Il rajoute, inversant l'aphorisme de Platon: La Nature n'est qu'une pâle imitation de l'Art.

Jean-Michel Ribes ne se limite pas à la critique du public devant l’œuvre. L’auteur préfère ouvrir son propos, envisager les autres perspectives, celles des gardiens de musée, de l’artiste, du critique, de l’œuvre d’art elle-même. La mise en abîme est brillante, elle fonctionne à plein, et ces reflets de miroir sont autant de sources du rire. Rien n’est laissé de côté, tout ce qui se rapporte de près ou de loin au musée fait l’objet d’une scène particulière.

La volonté de divertissement populaire est évidente, et elle est servie par une distribution très (trop?) riche qui voit se côtoyer plusieurs écoles : le clan du Splendid (Jugnot, Balasko, Blanc), les comiques « stand up » (Lemercier, Robin, Demaison), la famille Resnais (Arditi, Dussollier, Isabelle Carré),les "intellos" (Luchini, quelques « comédiens français » dont Guillaume Gallienne et Judith Chemla).

Rendons hommage aussi à Philippe Khorsand, disparu début 2008, peu après le tournage, trouvant avec Musée Haut, Musée Bas son ultime apparition au cinéma, après une longue et riche carrière de personnages secondaires incontournables. Le film lui est dédié, à juste titre.

Les dialogues sont quelquefois de pures merveilles la tirade lasse de Luchini en gardien épuisé par la beauté qui l'entoure est criante de vérité; Dussollier est hilarant en ministre très « Jack Lang » inaugurant d'un air hébété une expo de photos de sexes masculins ; et les apparitions de Valérie Lemercier à qui l'auteur a réservé cette réplique fondamentale : « J'adooore cette période qui va... de Vinci à Warhol. » sont savoureuses.

Avec un goût prononcé pour le farfelu, des costumes aux décors, en passant par une esthétique globale qui lui est parfaitement propre, Jean-Michel Ribes se souvient souvent de la série Palace, créée selon ses propres soins à la fin des années 80 pour la télévision.

Dans cette histoire de musée, il n'y ni leçons, ni commentaires, seulement une exploration ce lieu où se rencontrent les muses, où se mêlent l’art et la vie, les mortels et les immortels, dans un ballet émouvant et absurde. Le public traverse le spectacle comme il visite un musée, sautant de la Peinture Hollandaise aux Dadaïstes, des Antiquités grecques aux Impressionnistes…avec pour chaque scène un style de théâtre aussi différent que l’est celui des salles de musée.

Conscient que l’art est partout, dans le métro comme à Beaubourg, qu’une sorte d’esthétisation générale recouvre la cité et s’empare des gens et de leur langage sans qu’ils s’en rendent compte, il y a une voiture Picasso, n’importe quel acte est surréaliste et que dire de ce tee-shirt baroque, un peu comme la psychanalyse l’a fait dans les années 1960, Jean-Michel Ribes s'amuse de cette diffusion tout azimut de l’art. Dans le combat qui oppose nature et culture, il pense que le discours lénifiant de l’écologie comme salvation de l’homme est non seulement barbant mais dangereux pour l’art, c’est-à-dire l’artifice, qui nous a sorti des cavernes et nous a sauvé.

Le film n'est pas parfait. On peut regretter le montage, qui donne une impression un peu trop hachée. Et la fin, en forme d'Apocalypse et de Déluge, n'est pas forcément celle que l'on aurait pu imaginer.

Si le réalisateur s'intéresse dans ce film aux grandes œuvres artistiques de notre Histoire, il s'amuse avant tout à brosser le portrait de ceux qui les admirent, les détestent ou les jugent parfois avec intelligence, d'autres non. Il enchaine alors les séquences délirantes, partagées entre absurde et folie, il dresse aussi, sans réellement prendre partie, un aperçu critique de l'Art contemporain.

Car son film est bourré de références qui sont autant de questionnements. Sans adhérer à la thèse hégélienne selon laquelle seules les œuvres d’art d’un passé révolu ont réussi et ont eu pour destination propre de manifester un absolu, le réalisateur, pourtant très proche des milieux artistiques d'avant-garde repose la question du caractère "absolu" de certaines productions artistiques.

Sans relever toutes les allusions contenues dans le film, on retrouve l'urinoir du Duchamp (Fontaine 1917) d'ailleurs relégué dans les toilettes. De la même façon on peut retrouver les peluches entassées d'Annette Messager , la vie considérée comme une œuvre de Sophie Calle ou celle d'Orlan, qui se fait volontairement charcuter ainsi que Gilbert et Georges qui ont pu servir de modèle à Sulki et Sulku. Enfin Piero Manzoni et sa "merde d'artiste" historique sont présent dans le film.

Fichier:Museehaut5.jpg
Fichier:Museehaut6.jpg
Fichier:Museehaut7.jpg

À notre connaissance aucun artiste contemporain n'a tué sa mère dans une performance.

Distribution Modifier

Fiche technique Modifier


Retrouvez tous les détails techniques sur la fiche IMDB

Sauf mention contraire, le contenu de la communauté est disponible sous licence CC-BY-SA  .