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Paris est un film français de Cédric Klapisch sorti le 20 février 2008.

Analyse Modifier

Pierre, un Parisien apprend qu'il est gravement malade, atteint d'une affection cardiaque qui nécessite une transplantation à haut risque et se demande s'il va mourir. Son état lui donne un regard neuf et différent sur tous les gens qu'il croise. Le fait d'envisager la mort met soudainement en valeur la vie, la vie des autres et celle de la ville toute entière.

Véritable album photo de Paris, ce film montre la ville sous toutes ces facettes. L’histoire de fond est certes émouvante, mais on sent surtout l’âme de la ville. Au centre d'un récit éclaté où se croisent, se mêlent et s'entrechoquent les destins de Parisiens qui nous ressemblent, Pierre, ancien danseur malade du cœur, est une balise dans le foisonnement de la ville. Cédric Klapisch le place au-dessus de la mêlée, dans un appartement avec vue superbe, quelque part entre le quotidien et la contemplation. Pierre ouvre grands les yeux en attendant qu'on les lui ferme ou qu'on lui greffe un cœur vaillant. A ses pieds, par-dessus les toits, il regarde la ville comme pour la première fois.

Du Père-Lachaise à la tour Montparnasse, un drôle de réseau de correspondances le relie, lui et sa sœur Élise, une assistante sociale paumée, aux autres personnages de Paris : une belle étudiante, un historien en dépression malgré son succès professionnel, un architecte en plein essor, un Camerounais clandestin et le petit monde du marché de Belleville. Des quartiers mythiques aux nouvelles frontières, d'enclaves historiques en ilots populaires, cette chatoyante galerie de portraits incarne les mille facettes sociales et culturelles du Paris d'aujourd'hui.

En expansion, en friche ou en reconstruction, leur vie est à l'image de leur décor. Ces hommes et ces femmes sont les principales figures de la petite comédie humaine de Cédric Klapisch, qui semble vouloir fixer comme vocation à son cinéma de poursuivre l'ambition du roman balzacien, à la fois par le nombre de ses personnages et par la documentation psycho-sociologique des notations qui les caractérisent.

Paris marque la sixième collaboration entre Cédric Klapisch et Romain Duris. Le réalisateur a souhaité "bousculer son rapport à l'acteur dans une histoire où je me suis permis de prendre le temps de rendre hommage à ma ville et ses habitants." Son personnage, Pierre, prend conscience du désordre de sa vie, de ses échecs, rattrapant ses journées en s'inventant mille et une intrigues au travers des passants de son quartier, et plus généralement des Parisiens qu'il observe de sa fenêtre. Pierre repasse par le début, des photos de son enfance au souvenir de son premier slow. Et l'inventaire mélancolique se transforme en un revigorant voyage.

En parfaite symbiose, Romain Duris et Juliette Binoche forment un couple de frère et sœur touchant, que la maladie rapproche et décomplexe. Binoche, remarquablement dirigée, compose un beau personnage de femme abimée par la solitude. Pour un charmant maraicher, elle laissera se réveiller une sensualité mutine et maladroite. Le temps d'une gracieuse scène de strip-tease, effeuillage mi-glamour mi-bouffon, la mère de famille gênée aux entournures sort de sa chrysalide, empêtrée dans ses vêtements mais magnifiée par l'envie de plaire.

Fable urbaine à la croisée du réalisme et de la rêverie, le Paris de Klapisch offre en plus de Pierre et Élise une galerie complète de personnages. Véritable dragon à sa caisse, Karin Viard surjoue la boulangère réactionnaire et raciste et fait d'un rôle ingrat un truculent personnage de comédie. L'inévitable accordéoniste se révèle n'être qu'un accessoire pour plateau télé. Une fois les poncifs détournés, le cinéaste peut s'offrir le luxe de la naïveté. Ainsi, le temps d'une folle équipée nocturne, les maraichers de Rungis et les bourgeoises en Prada batifolent dans les chambres froides.

Secrètement secoué par la mort de son père, l'historien joué par Luchini s'offre une belle parenthèse entre deux dépressions : il retombe en adolescence en tombant amoureux fou d'une de ses jeunes étudiantes (Mélanie Laurent), dont le coeur est occupé ailleurs, son exact opposé s'incarne en la personne de son frère, Philippe (François Cluzet), architecte accompli, bien marié, bien dans sa vie et bientôt père tardif mais heureux.

En soumettant ses Parisiens ordinaires à l'épreuve de la mort, Klapisch leur offre une vitalité nouvelle, une cure de jouvence inespérée. Inoxydable cinéaste de la jeunesse, il réaffirme haut et fort ce que Le Péril jeune avait si bien montré. Même vaincue, la jeunesse ne capitule jamais.

Klapisch n'est pas le premier à s'être lancé dans l'exercice de décliner la Capitale. Pourtant, son guide touristique émotionnel affirme son universalisme, ses désillusions, ses espoirs en des jours meilleurs. En effet le maelström sentimental qui peut sembler parfois étouffant est aéré par des espaces de calmes que constituent les longs plans urbains filmés par Klapisch. En admirant Notre-Dame, la Tour Eiffel, le Sacré-Coeur, la Tour Montparnasse, tous ces appendices, le réalisateur ne fait pas ainsi que tirer sa révérence "à la plus prodigieuse cité de l'univers". Il prend aussi des forces pour replonger dans la vie saturée, oppressante des Parisiens, avec leurs qualités, avec leurs défauts. L'amour, la mort, la vie, le mensonge, la vieillesse, le sexe, le temps qui passe et qu'on ne rattrape pas, forment des méandres, aussi complexes que l'est le genre humain. De film en film, Cédric poursuit sa quête.

Distribution Modifier

Fiche Technique Modifier

  • Titre français : Paris
  • Réalisation : Cédric Klapisch
  • Production : Bruno Levy
  • Musique originale : Loïc Dury
  • Image : Christophe Beaucarne
  • Durée : 130 minutes (2h 10mn)
  • Date de sortie : 20 février 2008



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