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Sept morts sur ordonnance est un film français (aussi espagnol et allemand) de Jacques Rouffio sorti en 1975.

AnalyseModifier

Dans une ville de province, à quinze ans de distance, deux chirurgiens vont connaître le même destin : ils seront tous les deux victimes du chantage et de la calomnie qui les poussent tous deux au suicide.

Le souvenir du docteur Berg, mort dix ans auparavant, après avoir tué sa femme et ses trois enfants, continue à obséder les mémoires: Berg, excentrique, coléreux, trop bon médecin, embarrassait le clan Brézé, composé d'Antoine, l'aïeul, de ses trois fils et de son gendre, qui dominent toujours la ville de toute la force du pouvoir que leur donne la Médecine.

Aujourd'hui, le docteur Pierre Losseray, remis d'un infarctus, a repris ses activités. Insidieusement, Antoine Brézé et son clan repartent à l'attaque de ce chirurgien qui met à nouveau en péril leur puissance. Comme Losseray refuse de céder devant ses exigences, Antoine Brézé se retranche devant le coeur fragile de son confrère et du danger qui peut en résulter pour les malades. Cette affirmation fait d'autant mieux son chemin qu'une des patientes de Losseray, sans qu'il en soit responsable, meurt sous anesthésie.

Harassé par les doucereuses semonces de Brézé, Losseray réalise la ressemblance qui lie son destin à celui du docteur Berg, autre gêneur, dénoncé autrefois pour avoir triché à son Cercle de jeu, et poussé à bout par les sourdes menaces d'Antoine Brézé. Comme il se fait volontairement examiner par un des membres du clan Brézé pour faire taire les médisants, Losseray constate qu'il a subi sans qu'il s'en aperçoive un second infarctus.

Mis en demeure de renoncer à la chirurgie, il retrouve le geste fatal du docteur Berg en tuant sa femme, Muriel, puis en se suicidant. Comme il y a dix ans, la police, les amis font silence autour du drame: avec sept morts sur la conscience, le clan Brézé poursuit son règne.

Pour son deuxième long-mètrage Jacques Rouffio s'attaque à un des tabous les plus forts de la société française : le poids d’une certaine bourgeoisie médicale, des dynasties et des clans intouchables de ce milieu. On y retrouve l’exclusion et la méfiance à l’égard des étrangers (Berg, alias un Gérard Depardieu flamboyant, se perd lui-même au gré de ses provocations), ainsi que les pièges discrets mais implacables.

Digne héritier du thriller psychologique à la française, tel que Henri-Georges Clouzot, entre autres, l’a défini (Les Diaboliques, notamment, mais aussi Le Corbeau), Sept morts sur ordonnance en est l’un des derniers représentants. La présence au générique de l’immortel Charles Vanel renforce ce sentiment. Tout se déroule à petits pas, lentement mais sûrement, un mot après l’autre. La manipulation dont est victime Losseray se noue avec la douceur qui caractérise la torpeur des villes de province.

Charles Vanel est d’une obséquiosité répugnante, toujours courtois et tiré à quatre épingles, mais à la mode d’un autre temps, celui de Maupassant peut-être, à l’époque où les vendetta provinciales allaient jusqu’à la mort soigneusement préparée. Car les sept morts sont bien là. Et l’ordonnance correspond bien à un remède de cheval prescrit par un docteur prêt à l’amputation. Le climat est poisseux, étouffant. On suit l’évolution de Michel Piccoli dans cet univers qui s’ouvre sans cesse sous ses pieds, son fatalisme et sa résignation qui lui font épouser la trajectoire de ce Berg si brillant, si différent de lui. La forme du film est celle de la toile d’araignée. Le héros y tombe, et ne découvre qu’après coup la structure du piège. Et le spectateur ne peut que regarder la vieille araignée s’avancer vers sa proie.

A l’exception d’un déroulement qui peut sembler trop lent, mais qui participe de la narration par étouffement, et de quelques effets spéciaux complètement ratés, Sept morts sur ordonnance traverse le temps sans encombre. Il demeure un grand film d’ambiance lourde, qui prend le temps de poser le cadre, les personnages, tout en avançant les pions de sa trame.

Distribution Modifier

Fiche technique Modifier

  • Réalisation  : Jacques Rouffio
  • Scénario : Georges Conchon, Jacques Rouffio , Jean-Louis Chevrier
  • Production Belstar Productions , Films 66 , Jet Films (Barcelone) , T.I.T. Film Produktion (Munich)
  • Directeur de la photographie  : Andreas Winding
  • Ingénieur du son : William Robert Sivel
  • Musique originale : Philippe Sarde
  • Montage : Geneviève Winding
  • Durée : 106 minunte
  • Date de sortie : 3 décembre 1975
  • 4 nominations et un trophée (meilleur montage) aux César 1976

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